Un rêve de jeunesse devenu réalité en ce printemps 2007. Je n’en suis pas encore tout à fait revenue d’autant plus que nous avons pu faire ce voyage-pèlerinage en famille. Qui eut cru, en effet, que mon mari et notre fils aîné seraient partants : ils ne marchent pas à l’eau bénite et beaucoup d’aspects de notre Église romaine les irritent. Mais nous allions à Jérusalem avec un petit groupe de vingt-cinq personnes, accompagné par le père Joseph Stricher, bibliste passionné et passionnant de notre diocèse de Metz. Ce groupe, informel au départ, devint communauté au fil des jours.
Deux nuits dans la petite ville d’Arad dans le désert du Négeb, trois à Nazareth en Galilée et cinq dans la vieille ville de Jérusalem dans le couvent des sœurs maronites : nuits nuageuses ou étoilées, fraîches après le soleil des jours, animées de rires et de jeux d’enfants - c’est le long week-end de Pâques débuté le vendredi soir par le repas du Sabbat -, emplies dès l’aube de sonorités diverses : chants des oiseaux et du coq, appel du muezzin, carillons, cloches de Pâques…
Nous
nous retrouvons autour des tables du petit-déjeuner. Nos
voisins sont des
familles israéliennes à Arad, des
pèlerins nombreux, de toutes couleurs et de
toutes langues à Nazareth, de petits groupes
d’Italiens et de Français à
Jérusalem. Puis
nous rejoignons dans le
bus, David, notre guide Israélien et juif, très
compétent, et Joseph, notre
chauffeur arabe chrétien - il a la carte
d’identité israélienne mais pas le
passeport -, il sera très discret, sauf lors de notre
passage à Bethléem,
derrière “
le mur” où David ne nous a pas
accompagnés.
Nous n’avons pas tout vu, nous n’avons pas relu
toute
Nous avons fait halte sous les oliviers et au bord
de la
source, dans l’église de Cana et dans la grande
barque qui traverse le lac, à
chaque endroit où le cadre et le calme nous y invitaient. Le
Père prenait sa
Bible, nous en lisait de larges extraits, et nous expliquait
l’Écriture. Il
répondait à nos questions : la vie
éternelle ? La confession des péchés ?
Le
prochain ? Marie ? Nous reprenions la route et nos échanges
animaient nos
repas. Pour certains d’entre nous ses réponses
furent de vraies libération

Nous avons découvert les clarisses de Nazareth qui gardent le souvenir du Père de Foucauld et avons célébré l’Eucharistie dans leur chapelle. Pour la messe des Rameaux, en langue arabe, nous étions avec les paroissiens de l’église de l’Annonciation à Nazareth. Ce sont les dominicains de l’École biblique de Jérusalem qui nous ont accueillis pour les célébrations du Jeudi Saint et de la Nuit Pascale. Le Vendredi, nous avons célébré la Croix avec les bénédictines dont la chapelle, ornée de grandes icônes peintes dans la communauté, incite au recueillement. Le Lundi de Pâques, sur la route du retour, nous avons eu la grande joie de participer à l’office commun des moines bénédictins et des moniales d’Abou Gosh, l’Emmaüs des Croisés. Cette messe très sobre, aux chants de toute beauté, nous aura certainement tous marqués. Comme resteront gravés dans nos mémoires le son de la flûte traversière d’une petite sœur et d’un flûtiste, interprétant du Telemann, et les paroles du père prieur « Cultivez la bonté en vous, et l’émerveillement. Priez pour la paix. Ce pays la connaîtra un jour. »
Avons-nous été à l’endroit précis où il y a deux mille ans, le Christ est né ? A été transfiguré ? Est mort ? Est apparu à ses disciples au bord du lac ? Était-ce là, où plus loin, où ailleurs ? Est-ce si important ? Beaucoup parmi nous ne peuvent pas, du fait de la guerre, localiser la tombe de l’un de leurs parents. L’endroit même où ils ont vécu leurs derniers jours est devenu, en cinquante ans, introuvable avec précision. Le devoir de mémoire, alors, est-il encore possible ? Il nous renvoie aux personnes qu’ils ont été, à ce qui a été important pour eux, à ce qu’ils auraient voulu nous transmettre d’eux-mêmes et non plus à une pierre ou à un rocher. Le Saint Sépulcre est vide, mais le Christ est vivant et nous appelle à vivre. Chaque jour, en tout lieu, nous pouvons Le trouver dans le visage des hommes, la lecture des Écritures et le partage du Pain.
Élisabeth Meysembourg