Sur les traces de St JACQUES DE COMPOSTELLE
Une
marche sur les traces des Jacquets (pélerins effectuant le pélerinage de St
Jacques de Compostelle) comment se décompose-t'elle?
C'est la question que nous nous
sommes posés, l’Abbé Mathieu Baltzer de la communauté de paroisses de
Sarreguemines, Jean-Luc Gamel, Marc Baesjou et moi-même, Philippe Gross, un
jour où, pris de velléités sportives, spirituelles et culturelles nous avons
décidé d'organiser un périple par monts et par vaux, en direction de St Jacques
de Compostelle.

Tout
d'abord, il faut choisir l'itinéraire. Parmi ceux existant, nous optons pour la Via Podiensis, avec
départ du Puy-en-Velay et arrivée à Concques. Départ d'une cathédrale, perchée
là-haut, dans cette ville du Puy, pour arriver in fine à l'abbatiale de
Concques, là-bas, au fond d'une étroite
vallée, ô combien célèbre pour les pèlerins et les marcheurs. Deux joyaux de
l'architecture chrétienne et médiévale pour border les deux extrémités du parcours,
un prêtre pour assurer le suivi spirituel des ouailles, tous les ingrédients
sont réunis pour embarquer sans plus tarder dans le TGV, en gare de Metz.
Quelques heures plus tard, après avoir filé bon train, nous débarquons en gare
du Puy-en Velay, les sacs toujours légers et le moral haut, pour se lancer sur
notre chemin de pierres et de terre.

Hauts
les coeurs, pèlerins, arborons fièrement notre créancial (document visé à
chaque étape) et notre coquille St Jacques (aliment riche en oligo-éléments et
symbole du Jacquet). Les chemins de la Haute-Loire défilent sous nos pieds, dans nos
yeux, paysages printaniers jaunes et blancs de fleurs dont la douceur suffit
encore pour apaiser les premiers échauffements plantaires, dont la voûte, moins
céleste que celle qui nous contemple,
s'avère devenir rapidement un élément
important de cette randonnée.
Le
Gevaudan ? Il serait bête de ne pas s'y arrêter. Peur de la bête ? Mais non,
une église s'offre à nous pour une première célébration. Au travail Mathieu,
tes amis ont besoin de réconfort. Entre histoire et transpiration, nature et
spiritualité, notre périple se poursuit, inlassablement orienté Sud-Sud-Ouest.
Les bâtons frappent le sol, les organismes rappellent à leurs occupants qu'il
existe des muscles inouïs et méconnus dont le réveil transcende l'effort et la
beauté du geste, de la geste.
Faim
de spiritualité? Mathieu répond toujours présent, prosélyte admirable d'aisance
et de conviction, mais pas pro-élite, l'humilité rappelant à chacun sa règle
d'or : demain, c'est peut-être toi qui sera « à la rue », pendant que
nous serpenterons sur des chemins tortueux en direction de Concques. Tiens une
ville! Espalion, dans le Lot. Ville qui réserve son lot de surprises : on y a
inventé le scaphandre autonome. Drôle d'idée de s'enfermer dans une boîte étanche,
quand il y a tant de belles choses à voir.
Rencontre fabuleuse avec des gens du pays, qui ne sont pas de l'armée du
Salut, mais de l'Armée. En quête de Salut ? Peut-être, et tout le monde en
quette une part.

Quel
est notre destin ? Les réflexions sur soi-même, sur le monde, sur les hommes et
leur devenir se mêlent, s'emmêlent jusqu'au coup de fatigue fatidique. Les
heures de marche se suivent, enrichissent l'homme d'une substance immatérielle
pendant qu'il fait le vide au gré de ses efforts. Destin, vous avez dit destin
? Non, je dis d'Estaing, allez, jouons avec les mots, nous n'en oublierons que
mieux nos maux. Jolie petite ville en bordure du Lot, célèbre pour le
propriétaire de son château. Mais qui est-il au regard de ce canadien,
rencontre éphémère d'un soir qui a vendu
sa maison, sa voiture et abandonné son travail pour partir sur les traces de St
Jacques ?
Incertitude
et luminosité de la randonnée, de la marche, les ors de la République deviennent
soudain moins éclatants qu'ils ne semblent l'être le reste de l'année. Modestie
et humilité chassent l'humidité. Seules les balises du GR 65, le bruit de son
propre corps, ses douleurs, les repères spirituels et humains que chacun glane où il veut, où il peut, impriment des
marques indélébiles dans les esprits. Car il y a un esprit sur ce pèlerinage,
de rencontres, de partage, de vies fracturées qui tantôt convergent, tantôt se
séparent, puis se ressoudent, d'âmes en fusion desquelles coulent de la lave
jamais refroidie à la recherche d'amour, de partage. Admirable et magnifique
creuset de la vie.
Tiens,
le chemin descend, descend à n'en plus finir. Sur quoi marchons-nous? Des pieds
? Des pelotes d'épingles ? Chute vers les abîmes ? Vers le purgatoire ? Vers
l'enfer ? Ou bien fin du purgatoire, de l'enfer, retour à la vie ? Non, simple arrivée à Concques, terminus d'un
parcours quasi initiatique qui n'a laissé aucun d'entre nous indemne.

Hasard
ou non, l'arrivée en l'abbatiale Ste Foy ne provoque pas de crise, juste cette
fierté d'avoir en 07 jours accompli quelque chose de grand, de beau entre amis.
Pourquoi ne pas continuer l 'année prochaine ?
Philippe Gross.