Christine nous livre son reportage

Le sac aux couleurs jaune, ocre et rouge est entrebâillé sur le lit. Un flot d’objets s’en est échappé et chacun porte avec lui une brume de souvenirs.

J’écarte l’adaptateur international, la lampe de poche usagée et quelques feuilles de chants qui dévoilent peu à peu la page lisse d’un livre ouvert, la photo colorée d’un rêve à peine terminé…

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Le voyage avait très vite commencé par deux journées de vol, ponctuées à l’intérieur même des avions par des prières, des repas, et quelques heures de sommeil selon le degré des turbulences climatiques. Le jeu en valait la chandelle : quarante-huit heures plus tard, plus ou moins vivants, nous étions accueillis avec chaleur par nos familles de Nambour.

kangourou

Jour après jour, elles nous emmenaient explorer ces paysages de cartes postales que sont ceux de l’Australie. Le zoo nous a enchantés par ses animaux rares en Europe, comme les kangourous et les koalas. Nous avons aussi eu la joie de faire la connaissance de serpents, araignées de mer, crocodiles, requin et autres animaux particulièrement sympathiques …. 

Un matin, le réveil nous a tiré du lit dès quatre heures pour que nous assistions à une messe sur la plage. La brume naturelle et celle qui habitait nos esprits encore mal réveillés, enveloppaient le paysage d’une aura mystérieuse et splendide. Au milieu des vingt mille personnes assises sur leurs fauteuils de roches et de sable, résidait une part de divin, une émotion aussi forte que le feu qui embrasait le ciel.

messe sur la plage
Chaque jour, nous avons célébré la messe en compagnie de nos familles, d’un groupe d’américains de Los Angeles, de prêtres français et australiens. Nous aurions dû nous sentir comme chez nous et pourtant … notre vin de messe habituellement blanc était remplacé par un vin rouge australien, nos églises souvent anciennes par des églises très modernes, le français par l’anglais… Nous n’avions pas la même manière de célébrer et pourtant nous avons tous un point commun : notre foi.

En souvenir de notre passage, chaque jeune a confectionné sur un morceau d’argile le meilleur souvenir de son séjour à Nambour. Ces œuvres ont été cuites, vernies et assemblées par les paroissiens et sont maintenant accrochées sur l’un des murs de l’église comme symbole éternel de notre venue.

Cette première semaine de partage avec la famille reste inoubliable. Les australiens ont mis tout leur cœur à nous présenter quelques facettes de leur pays. En récompense de leur dévouement, nous avons voulu leur laisser un petit souvenir régional et c’est ainsi qu’avant notre départ, nos hôtes ont goûté  la quiche Lorraine !

Un bord de couverture mange la moitié de la photo, une couverture tout à fait banale, quoique particulière par son odeur (et nécessitant sans doute un petit lavage), une couverture qu’on aurait pu baptiser la couverture du partage. Partage à plus de deux cent d’une école australienne possédant en tout et pour tout trois douches extérieures, partage de la nourriture que l’on trouvait (« échange pain contre maïs »), partage de langue qu’on ne maitrisait pas toujours (comment on dit «où est l’église » en italien ?) et partage d’une maladie peu sympathique, communément appelée angine.

Le thème de cet été était l’Esprit Saint, choisi avec soin, puisque c’était Lui qui, le jour de la Pentecôte, avait fait le don des langues aux apôtres afin qu’ils puissent évangéliser le monde. Il nous rassemblait encore aujourd’hui, étranger les uns aux autres, pour nous rappeler ces mots internationaux que sont ceux de Dieu.

Là bas, l’ambiance était tout à fait différente de celle de Cologne. Les Asiatiques et les Américains affluaient de partout. Ces cultures d’habitude en minorité saluaient et embrassaient leurs frères chrétiens avec joie, heureux de pouvoir participer à la fête cette fois-ci.
Tout au long de la semaine, des catéchèses étaient organisées, mélangeant les langues. Trois évêques de trois continents se rassemblaient avec « leurs » jeunes et discutaient, tout d’abord sur le thème du jour puis, ils nous guidaient sur des sujets plus modernes, des questions qui touchent l’église, répondaient à nos interrogations et à nos doutes.

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Différentes messes étaient organisées au cours de la journée et l’un des plus grands plaisir, mis à part y assister, consistait à se rendre à l’église. Dans les rues, nous croisions des étrangers qui nous souriaient, nous saluaient ou simplement chantaient en chœur un chant bien à eux. Sydney baignait dans une atmosphère de fraternité et de détente. Chaque groupe avait son hymne et ne se lassait pas de le faire entendre à longueur de journée, à chaque fois que l’occasion s’en présentait.

Bien sûr, l’un des meilleurs moments restait la veillée. Notre petit groupe était très soudé, le caractère de chacun apportant une diversité omniprésente en cet endroit. Le froid et la fatigue ne faiblissaient pas, bien au contraire (et non, quatorze pulls ne suffisent pas toujours) mais ils jouaient aussi cette fois un rôle de rapprochement entre les inconnus. La température avait chuté jusqu’à un degré ! Des solutions de fortunes avaient parfois étés trouvées (l’homme sarcophage dans ses vieux cartons) et nous avions l’impression de revenir un peu en arrière, de redécouvrir l’utilité de matériaux aussi simples que le carton, de gestes aussi agréables que le partage et le don.

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Placés juste en dessous du podium, nous avions une vue imprenable sur la tribune papale. La messe du lendemain fut un succès. Grande mais sobre, aux chants clairs mais aux discours graves, elle représentait à la fois un temps de joie et de tristesse puisqu’elle annonçait la fin de ces JMJ. Accolés à la radio retransmettant directement les paroles du pape dans notre langue, nous l’avons écouté nous faire ses adieux et nous donner rendez-vous dans trois ans à Madrid.

Dans la couverture repliée repose un boomerang aux couleurs chaudes peint par les aborigènes. Les derniers jours ont servi à réguler les décollages intempestifs. Notre tour n’est venu qu’en fin de semaine. Aussi, des excursions ont été organisées pour nos quatre derniers jours sur cette terre australienne.

Nous sommes allés marcher dans les Blue Mountains, et nous avons rencontré des tribus aborigènes tout à fait préservées (mis à part leur sens du commerce très développé). Ils jouaient leurs didgeridoo, vivant à l’ancienne : leurs bras et jambes étaient recouverts de dessins vifs. Ils peignaient et leurs œuvres ne ressemblaient ni au classique ni au moderne. Composées de petits points de couleur presque accolés, elles défiaient l’ordinaire, chef-d’œuvre originaux, art primaire dans l’océan de modernité. Nous sommes rentrés de cette promenade les sacs à dos bien plus chargés qu’à l’accoutumée.  

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Le voyage se terminait sur cette petite note d’histoire. L’avion nous offrit l’opportunité de comparer nos expériences aux précédentes. Beaucoup préféraient ces JMJ à celles d’avant, surtout en raison du dépaysement et du charme de l’Australie, mais aussi à cause de l’organisation (bien plus rigoureuse qu’à Cologne), de l’ambiance à la fois de fête et de recueillement.  

Nous nous sommes quittés avec peine, ces trois petites semaines nous ayant rapproché à un point que nous ne soupçonnions pas et nous nous sommes dit : « Rendez-vous dans trois ans, même jour, même heure pour Madrid au Soleil… »

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