Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

Lexique >  pris parmi les hommes...pour intervenir en leur faveur
 
homélie prononcée le 28 octobre à Sarreguemines par Monseigneur Raffin évêque de Metz

 Et j’ai l’impression qu’ils s’imaginent que j’ai quelque part une réserve de prêtres dans laquelle je peux puiser, de prêtres venus d’ailleurs. Il y aura des prêtres demain dans notre Eglise, si vos familles sont soucieuses de lui donner des prêtres, si elles sont soucieuses de la naissance et de la croissance des vocations sacerdotales. Les vocations ne doivent pas naître en dehors de chez nous.

            « Pris parmi les hommes », cela veut dire aussi que le prêtre est fait de la même pâte que tous les autres hommes : il a une affectivité, une sexualité, il a des faiblesses et des défauts. Certes, avec tout ce qu’il est, il doit rechercher la sainteté, mais cela n’est pas immédiat, il lui faut combattre et, dans sa faiblesse même, il peut plus facilement compatir à la faiblesse des autres.

            « Pris parmi les hommes », le prêtre est ensuite « chargé d’intervenir en leur faveur, dans leurs relations avec Dieu ». Pris parmi les hommes, le prêtre leur est redonné et mis à leur service pour leur croissance dans la vie avec Dieu. L’apôtre Paul résume ainsi le ministère du prêtre : « Il faut que l’on nous regarde seulement comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu » (1 Co 4,1). Cela ne veut pas dire que le prêtre n’ait pas à s’intéresser aux nécessités de la vie humaine des personnes, loin de là, mais qu’il s’en occupe avec un esprit différent de celui des politiques ou des sociologues.

            « Pris parmi les hommes », le prêtre – venons-nous de dire – est sujet à la faiblesse de tous les hommes, il est soumis à la tentation et parfois hélas il y succombe. Les médias ne manquent pas de nous rappeler la faiblesse et le péché des prêtres ; plus ou moins conscients du haut idéal qui est le sien, ils ne manquent jamais de souligner le décalage qui existe entre l’idéal et le réel. Cette semaine encore, un prêtre de Seine-et-Marne a été condamné par les Assises à dix ans de réclusion pour activités pédophiliques. Pour protéger les victimes, son évêque s’est même porté partie civile. Ces cas fort heureusement sont peu nombreux mais ils existent, et pour eux l’Eglise doit demander pardon.

            En même temps, il convient de rappeler le souci de l’Eglise d’affirmer que la validité des sacrements ne dépend pas de la sainteté du ministre. Saint Augustin, en particulier, lutta avec acharnement contre les Donatistes qui faisaient dépendre la validité des sacrements de la sainteté des prêtres : « Quand Pierre baptise, déclare-t-il, c’est le Christ qui baptise ; quand Paul baptise, c’est le Christ qui baptise ; quand Judas baptise, c’est le Christ qui baptise ! ». Certes, il faut faire en sorte que les choses saintes soient traitées par des ministres saints, comme le rappelle la liturgie de l’ordination : « Imitamini quod tractatis (Imitez dans votre vie ce que vous accomplissez par ces rites…) », mais un prêtre indigne baptise et consacre validement… il n’est que l’instrument toujours imparfait de l’action du Christ.

            Peut-être vous souvenez-vous des paroles prononcées avant de mourir par le curé de campagne Bernanos : « Tout est grâce ». Paradoxalement, la misère de son alcoolisme lui apparaît comme une grâce qui le rend plus miséricordieux à l’égard des personnes. Sans doute Dieu ne tient-il pas tant à ce que ses ministres sur la terre soient parfaits qu’à ce qu’ils soient réellement miséricordieux.