Et j’ai l’impression qu’ils s’imaginent que j’ai quelque
part une réserve de prêtres dans laquelle je peux puiser, de prêtres venus
d’ailleurs. Il y aura des prêtres demain dans notre Eglise, si vos familles
sont soucieuses de lui donner des prêtres, si elles sont soucieuses de la naissance
et de la croissance des vocations sacerdotales. Les vocations ne doivent pas
naître en dehors de chez nous.
« Pris parmi les hommes », cela veut
dire aussi que le prêtre est fait de la même pâte que tous les autres
hommes : il a une affectivité, une sexualité, il a des faiblesses et des
défauts. Certes, avec tout ce qu’il est, il doit rechercher la sainteté, mais
cela n’est pas immédiat, il lui faut combattre et, dans sa faiblesse même, il
peut plus facilement compatir à la faiblesse des autres.
« Pris parmi les hommes », le prêtre
est ensuite « chargé d’intervenir en
leur faveur, dans leurs relations avec Dieu ». Pris parmi les hommes,
le prêtre leur est redonné et mis à leur service pour leur croissance dans la
vie avec Dieu. L’apôtre Paul résume ainsi le ministère du prêtre : « Il faut que l’on nous regarde seulement
comme les serviteurs du Christ et les intendants des mystères de Dieu »
(1 Co 4,1). Cela ne veut pas dire que le prêtre n’ait pas à s’intéresser aux
nécessités de la vie humaine des personnes, loin de là, mais qu’il s’en occupe
avec un esprit différent de celui des politiques ou des sociologues.
« Pris parmi les hommes », le prêtre
– venons-nous de dire – est sujet à la faiblesse de tous les hommes, il est
soumis à la tentation et parfois hélas il y succombe. Les médias ne manquent
pas de nous rappeler la faiblesse et le péché des prêtres ; plus ou moins
conscients du haut idéal qui est le sien, ils ne manquent jamais de souligner
le décalage qui existe entre l’idéal et le réel. Cette semaine encore, un
prêtre de Seine-et-Marne a été condamné par les Assises à dix ans de réclusion
pour activités pédophiliques. Pour protéger les victimes, son évêque s’est même
porté partie civile. Ces cas fort heureusement sont peu nombreux mais ils existent,
et pour eux l’Eglise doit demander pardon.
En
même temps, il convient de rappeler le souci de l’Eglise d’affirmer que la
validité des sacrements ne dépend pas de la sainteté du ministre. Saint
Augustin, en particulier, lutta avec acharnement contre les Donatistes qui
faisaient dépendre la validité des sacrements de la sainteté des prêtres :
« Quand Pierre baptise, déclare-t-il,
c’est le Christ qui baptise ; quand
Paul baptise, c’est le Christ qui baptise ; quand Judas baptise, c’est
le Christ qui baptise ! ». Certes, il faut faire en sorte que
les choses saintes soient traitées par des ministres saints, comme le rappelle
la liturgie de l’ordination : « Imitamini
quod tractatis (Imitez dans votre vie ce que vous accomplissez par ces rites…) »,
mais un prêtre indigne baptise et consacre validement… il n’est que
l’instrument toujours imparfait de l’action du Christ.
Peut-être
vous souvenez-vous des paroles prononcées avant de mourir par le curé de
campagne Bernanos : « Tout est
grâce ». Paradoxalement, la misère de son alcoolisme lui apparaît
comme une grâce qui le rend plus miséricordieux à l’égard des personnes. Sans
doute Dieu ne tient-il pas tant à ce que ses ministres sur la terre soient
parfaits qu’à ce qu’ils soient réellement miséricordieux.