Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

Lexique> 23e dimanche du temps ordinaire (année c)

 

La première exigence peut paraître exorbitante : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs,... il ne peut être mon disciple.

Jésus nous demande-t-il de briser nos relations humaines les plus chères, et même les plus sacrées, comme le sont l’amour filial, conjugal et fraternel ?

Regardons comment lui-même a vécu ses relations familiales, et en particulier la relation à sa mère.

Jeune adolescent, il montre déjà que son Père des cieux comptait pour lui plus que ses parents de la terre. Rappelez-vous l’incident dont il fut la cause lors de son premier pèlerinage à Jérusalem...

Quand, après trois jours de recherche angoissée, ses parents le retrouvent au temple, sa mère s’entend dire : « Mais pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne savez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? »

Cet amour préférentiel pour son Père des cieux allait devenir clairement manifeste à partir du jour où il allait se consacrer à sa mission. Quand à l’âge de 30 ans, il ferme l’atelier de Nazareth et s’en va, il laisse sa mère dans une situation précaire, puisque c’était lui qui la faisait vivre, grâce à son travail. Désormais, cela ne sera plus le cas.

De temps à autre, Marie essaiera bien de revoir son fils. Mais bien des fois, Jésus semble lui opposer une fin de non-recevoir. Ainsi, un jour, on dit à Jésus : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors et veulent te voir. » Mais il leur répondit : » Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique  (Mt 12, 50).

Marie a dû souffrir de voir son fils s’éloigner d’elle. Et je ne pense pas que Jésus était insensible à la souffrance de sa mère, surtout parce que c’était à cause de lui qu’elle souffrait.

Car il n’a nullement été indifférent à son sort. Rappelez-vous ce qui s’est passé lors de sa crucifixion. Saint Jean raconte : Jésus voyant sa mère, et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils ! » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère! » (Jn 19, 26s) Pour qu’elle ne soit pas abandonnée au triste sort des veuves sans enfants de cette époque, Jésus la confie donc à son disciple préféré pour qu’il prenne soin d’elle  comme si elleétait sa propre mère.  Ce qui montre que son amour préférentiel pour son Père des cieux ne l’a pas empêché d’aimer sa mère.

Par conséquent il ne nous demande certainement pas de briser nos relations familiales. Ce qu’il nous demande, c’est que nos amours, si légitimes qu’elles soient, soient toujours subordonnées à l’amour de Dieu.

 

Les deux autres conditions posées par Jésus à ceux qui veulent le suivre ne sont rien d’autre que les exigences de l’amour qui va au bout de lui-même.

Quand Jésus dit que celui qui veut être son disciple doit être prêt à porter sa croix pour marcher derrière lui, il ne nous demande pas de nous complaire dans la souffrance ou même de la rechercher.

Lui-même n’a pas recherché la croix, mais quand la croix est venue à lui, il n’a pas pris la fuite. Son amour pour nous ne le lui permettait pas. Aux heures difficiles on n’abandonne pas ceux qu’on aime. Quand on aime vraiment on reste fidèle à son amour, même si cette fidélité doit devenir « crucifiante ». 

Et quand Jésus dit que celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être son disciple, il ne fait que dire une autre exigence de l’amour véritable En effet, pour aimer comme le Christ nous a aimés, il faut être libre, intérieurement libre, souverainement libre à l’égard de tout. On n’a pas le coeur assez libre pour aimer vraiment si on est prisonnier de ce que l’on possède. Quand il s’agit de choisir entre aimer ou avoir, entre aimer ou gagner toujours plus, un vrai disciple du Christ se décidera toujours pour l’amour.

Ce que le Seigneur nous demande est exigeant. Jésus ne cherche pas à nous le cacher. Mais la réalisation d’un idéal élevé n’est-il pas toujours exigeant? Les grandes choses ne supportent pas la médiocrité, le manque de lucidité et de détermination.

C’est pourquoi Jésus nous invite à bien réfléchir aux exigences de la vocation chrétienne. Si nous décidons de le suivre, il ne faut pas le faire à la légère.

C’est le sens des deux petites paraboles qui mettent en scène un homme qui envisage de construire une tour un roi qui part en guerre contre un autre.Ils réfléchissent bien avant d’entreprendre quoi que ce soit.

Pour le chrétien il y a « un devoir de s’asseoir »,  le chrétien doit réfléchir sérieusement aux exigences de sa vocation. Jésus nous demande de faire de même. Il veut que, si nous avons décidé de le suivre, nous le fassions « en pleine connaissance de cause », en ayant pleinement conscience de ce que comporte, car a-t-il dit, celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu (Lc 9, 62). 

 

P. Charles Stierer