La
première exigence peut paraître exorbitante : Si quelqu’un
vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses
frères et soeurs,... il ne peut être mon disciple.
Jésus nous demande-t-il de briser nos
relations humaines les plus chères, et même les plus sacrées, comme le sont
l’amour filial, conjugal et fraternel ?
Regardons
comment lui-même a vécu ses relations familiales, et en particulier la relation
à sa mère.
Jeune adolescent, il montre déjà que
son Père des cieux comptait pour lui plus que ses parents de la terre. Rappelez-vous l’incident dont il fut
la cause lors de son premier pèlerinage à Jérusalem...
Quand, après trois jours de recherche
angoissée, ses parents le retrouvent au temple, sa mère s’entend dire : « Mais pourquoi donc me cherchiez-vous?
Ne savez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? »
Cet amour préférentiel pour son Père
des cieux allait devenir clairement manifeste à partir du jour où il allait se
consacrer à sa mission. Quand à l’âge
de 30 ans, il ferme l’atelier de Nazareth et s’en va, il laisse sa mère dans
une situation précaire, puisque c’était lui qui la faisait vivre, grâce à son
travail. Désormais, cela ne sera plus le cas.
De temps à autre, Marie essaiera bien
de revoir son fils. Mais bien des fois, Jésus semble lui opposer une fin de
non-recevoir. Ainsi, un jour, on dit à Jésus : « Ta mère et tes frères se tiennent dehors et veulent te
voir. » Mais il leur répondit : » Ma mère et mes frères, ce sont ceux
qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique (Mt 12, 50).
Marie a dû souffrir de voir son fils
s’éloigner d’elle. Et je ne pense pas que Jésus était insensible à la
souffrance de sa mère, surtout parce que c’était à cause de lui qu’elle
souffrait.
Car il n’a nullement été indifférent à
son sort. Rappelez-vous ce qui s’est passé lors de sa crucifixion. Saint Jean
raconte : Jésus voyant sa mère, et, se
tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : «
Femme, voici ton fils ! » Puis il dit au disciple : « Voici ta
mère! » (Jn 19, 26s) Pour qu’elle ne soit pas abandonnée au triste
sort des veuves sans enfants de cette époque, Jésus la confie donc à son
disciple préféré pour qu’il prenne soin d’elle
comme si elleétait sa propre mère. Ce qui montre que son amour préférentiel
pour son Père des cieux ne l’a pas empêché d’aimer sa mère.
Par conséquent il ne nous demande certainement
pas de briser nos relations familiales. Ce qu’il nous demande, c’est que nos amours, si légitimes qu’elles soient,
soient toujours subordonnées à l’amour de Dieu.
Les
deux autres conditions posées par
Jésus à ceux qui veulent le suivre ne sont rien d’autre que les exigences de
l’amour qui va au bout de lui-même.
Quand Jésus dit que celui qui veut être
son
disciple doit être prêt à porter sa croix pour marcher derrière lui, il ne nous demande pas de nous
complaire dans la souffrance ou même de la rechercher.
Lui-même n’a
pas recherché la croix, mais quand la croix est venue à lui, il n’a pas pris la
fuite. Son amour pour nous ne le lui
permettait pas. Aux heures difficiles on n’abandonne pas ceux qu’on aime. Quand
on aime vraiment on reste fidèle à son amour, même si cette fidélité doit
devenir « crucifiante ».
Et quand Jésus dit que celui
qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être son disciple, il ne fait que dire une autre exigence de l’amour véritable En
effet, pour aimer comme le Christ nous a aimés, il faut être libre,
intérieurement libre, souverainement libre à l’égard de tout. On n’a pas le coeur assez libre pour aimer
vraiment si on est prisonnier de ce que l’on possède. Quand il s’agit de
choisir entre aimer ou avoir, entre aimer ou gagner toujours plus, un vrai
disciple du Christ se décidera toujours pour l’amour.
Ce que le Seigneur nous demande est
exigeant. Jésus ne cherche pas à nous le cacher. Mais la réalisation d’un idéal
élevé n’est-il pas toujours exigeant? Les grandes choses ne supportent pas la
médiocrité, le manque de lucidité et de détermination.
C’est pourquoi Jésus nous invite à bien réfléchir aux exigences de la vocation
chrétienne. Si nous décidons de le suivre, il ne faut pas le faire à la légère.
C’est le sens des deux petites paraboles qui mettent en scène un homme qui envisage de
construire une tour un roi qui part en guerre contre un autre.Ils réfléchissent
bien avant d’entreprendre quoi que ce soit.
Pour le chrétien il y a « un devoir de
s’asseoir », le chrétien doit
réfléchir sérieusement aux exigences de sa vocation. Jésus nous demande de
faire de même. Il veut que, si nous avons décidé de le suivre,
nous le fassions « en pleine connaissance de cause », en ayant
pleinement conscience de ce que comporte, car a-t-il dit, celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait
pour le Royaume de Dieu (Lc 9, 62).
P. Charles Stierer