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Saints Pierre et Paul

lexique >  purification du temple   où rencontrer Dieu ?( Charles Stierer )


Mais s’en prendre au Temple, ce n’était pas seulement porter atteinte au coeur religieux d’Israël, cela revenait aussi à mettre en danger toute la vie sociale et économique de Jérusalem. La ville entière vivait en effet du Temple, depuis la classe dirigeante jusqu’au plus humble artisan et commerçant. Le Temple était pratiquement le seul employeur de Jérusalem. Ce que Jésus a fait ce jour-là devait donc nécessairement provoquer une énorme indignation.

Mais pourquoi donc Jésus a-t-il fait ce qu’il a fait ? Quel but poursuivait-il donc en s’en prenant d’une façon aussi énergique au culte qui se déroulait en ce lieu sacré entre tous ? Est-ce qu’il voulait donner une leçon à un service d’ordre défaillant, un service d’ordre qui aurait toléré un désordre intolérable dans ce lieu saint ?

Mais le commerce qui se déroulait sur l’esplanade du Temple, si scandaleux à première vue, était absolument indispensable. Certes, il pouvait s’y mêler bien des abus, mais sans les vendeurs et les changeurs les pèlerins n’auraient pas pu acheter les animaux et les offrandes qu’ils voulaient offrir en sacrifice. Quand Marie et Joseph sont venus au Temple pour présenter et consacrer l’enfant Jésus à Dieu, ils avaient été bien contents de pouvoir acheter sur place la paire de tourterelles que la Loi leur demandait d’offrir à cette occasion.

En s’en prenant à ce commerce, Jésus ne visait certainement pas à remettre simplement de l’ordre dans le Temple.

 Alors, voulait-il dénoncer d’une manière spectaculaire le formalisme du culte qui s’y déroulait ?

Certes, il était presque inévitable qu’il s’y mêlât pas mal de formalisme.  C’est un risque permanent de tous les rites religieux. Plus d’une fois, Jésus s’en est pris à des pratiques religieuses qui n’étaient qu’une observation toute extérieure d’un certain nombre de rites, mais qui négligeaient de veiller aux dispositions du cœur que ces rites devraient traduire. Mais est-ce que cela méritait une intervention aussi musclée ? Non, cela allait beaucoup plus loin.

 Par son intervention Jésus ne visait pas d’abord à purifier le culte rendu à Dieu dans le Temple, à y mettre de l’ordre et à lui redonner une « âme ». En faisant ce qu’il a fait, il voulait poser « un signe ». Le sens de ce « signe » nous est donné par ces paroles mystérieuses : Détruisez ce Temple et en trois jour je  le  relèverai..   Le  Temple  dont  il parlait, c’était son corps, ajoute l’évangéliste, c’est-à-dire lui-même.

Autrement dit, Jésus voulait signifier que, par sa venue, le Temple de Jérusalem avait cessé d’être le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Désormais, le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu, ce ne sera plus jamais un temple de pierres, mais sa propre personne et tout particulièrement son corps livré pour nous, ce corps auquel nous communions au cours de nos eucharisties. C’est pour cela que l’Eucharistie est le lieu privilégié de la rencontre de Dieu.

Désormais le véritable médiateur entre Dieu et les hommes, ce sera lui, et non pas le grand-prêtre officiant dans le Temple. Les sacrifices qui y sont offerts n’ont plus de raison d’être, car c’est lui qui sera l’agneau offert, une fois pour toutes, pour la rémission des péchés et la rédemption du monde. Et nous bénéficions des fruits de ce sacrifice grâce à notre participation à l’Eucharistie.

 

Il faut aller plus loin encore. Saint Paul dira aux chrétiens de Corinthe (et à travers eux à tous les chrétiens) : Vous êtes le corps du Christ (1 Cor 12, 27), n’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu (1 Co 30 16).

Vous, c’est à dire nous. Nous l’Église, nous le peuple de Dieu, nous formant ici cette assemblée, nous sommes le Corps du Christ, le Temple de Dieu.  Désormais, la présence du Seigneur n’est plus liée à un lieu, à un édifice si prestigieux qu’il soit.  Il est présent là où une communauté fraternelle est rassemblée: Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux, a promis Jésus à ses amis (Mt 19,20).

Autrement dit : nos cathédrales, nos basiliques, nos églises ne sont nullement les lieux privilégiés de la présence du Seigneur. Elles ne sont que des coquilles vides, si elles ne sont pas habitées par des communautés vivantes et fraternelles.

Et le culte  que le Seigneur attend de nous, ce n’est pas l’offrande de choses, des offrandes d’argent ou des sacrifices d’animaux. Non, le culte qu’il attend de nous, c’est l’offrande de nous-mêmes, de toute notre vie, l’offrande d’une vie transformée et transfigurée par l’Esprit Saint. C’est pour cela que le prêtre dit, dans la 3ème Prière Eucharistique : Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire, ou bien, une vivante offrande à la louange de ta gloire. (4e Prière eucharistique)

Supposons un instant que quelqu’un vienne nous demander : « Chrétiens, où est le Temple où vous adorez votre Dieu? » Faudrait-il lui montrer notre église ? Cela ne serait nullement la bonne réponse. L’unique bonne réponse serait celle-ci : « Regarde-nous vivre et tu sauras où et comment nous adorons notre Dieu. »

C’est tout cela que Jésus a voulu signifier en procédant à  « la purification du Temple ».