La prière pour les défunts est tout d’abord une façon
de leur montrer notre amour et notre
affection par-dessus l’abîme de la mort.
Mais la prière pour les défunts, ce n'est pas
seulement une occasion de nous souvenir d'eux. Prier pour un défunt qui nous a
été cher, c'est aussi une manière de dire notre foi, notre confiance en la
miséricorde de Dieu. Prier pour
quelqu'un que nous aimons, c'est en quelque sorte dire à Dieu : « Père,
maintenant que je ne peux plus rien pour lui, je le confie à ton amour, car je
sais que tu prendras soin de lui désormais. »
Cette prière-là n'a pas pour but d'apaiser je ne sais
quelle colère de Dieu à l'égard du défunt, mais tout simplement de dire à notre
Père du ciel notre confiance en son amour miséricordieux.
Mais, nos défunts n’ont-ils pas été des pécheurs
(comme nous le sommes tous). Alors comment être sûrs qu’ils sont auprès de
Dieu ?
Dans la 1ère épître aux Corinthiens (3,
13-15) saint Paul dit: L’ouvrage de chacun sera mis en pleine lumière au
jour du jugement. Utilisant l’image du feu, il ajoute : Cette
révélation se fera par le feu ; c’est le feu qui permettra d’apprécier la
qualité de l’ouvrage de chacun. Si l’ouvrage construit par quelqu’un résiste,
celui-ci recevra un salaire ; s’il est détruit par le feu, il perdra son salaire, mais lui-même
sera sauvé, mais comme s’il était passé à travers le feu.
Ces paroles sont à la fois une mise en garde et un
motif pour ne désespérer aucun pécheur.
Elles sont une mise en garde, car elles laissent
clairement entendre que tout ce que nous accomplissons ici-bas n’a pas
forcément valeur d’éternité.
Mais en même temps elles nous donnent aussi des
raisons de ne pas désespérer. Saint Paul est clair à ce sujet : Même
celui qui perdra son salaire sera tout de même sauvé, « comme à travers le
feu ».
Cette parole a donné naissance à la doctrine du purgatoire.
Malheureusement, à ce sujet, la religion populaire a
fini par tomber dans des extravagances.
Dans l’imagination de beaucoup, le purgatoire est un
lieu où les « âmes » des défunts seraient purifiées par le feu,
pendant un temps plus ou moins long, avant de pouvoir accéder au paradis. Et on
s’imagine que nos prières et les messes célébrées à leur intention peuvent
abréger la durée de leur séjour en ce lieu de souffrance.
Et bien, il faut tordre le cou à notre imagination.
Déjà en 1563 le concile de Trente demandait une grande discrétion à ce sujet.
Il ordonna : A ce sujet (les évêques) ne laisseront ni exposer
ni répandre les idées douteuses ou teintées d’erreur. Quand à celles qui
n’éveillent que la curiosité ou la superstition (…) ils les interdiront comme
scandaleuses et blessantes pour les fidèles.
Alors, le purgatoire, c’est quoi ?
Disons tout d’abord que le « purgatoire »
n’est pas un lieu. Dans l’au-delà, l’espace n’existe pas. C’est un état,
« un état de purification ».
Et quand on parle de tant et tant d’années de
purgatoire, cela ne veut strictement rien dire non plus, car dans l’au-delà, le
temps n’existe pas non plus. Passé, présent et futur sont présents tout
ensemble...
Quant au feu du purgatoire, c’est une image, et rien
d’autre. (S. Paul a parlé comme d’un feu, et non pas d’un feu
réel). Cette image du feu désigne la force purifiante de l’amour de Dieu. Quand
Dieu nous accueillera dans sa Maison éternelle, son amour sera comme un feu qui
assainit, guérit et parachève tout ce qu’il reste d’imparfait en nous au moment
de la mort.
Mais tout cela ne doit pas nous inciter, bien sûr, à
vivre d’une manière quelconque.
Il serait imprudent de ne pas tenir compte de
l’avertissement du Christ quand il nous dit : Restez en tenue de
service et gardez vos lampes allumées (Lc 12, 35).
L’Évangile, en de nombreux passages, laisse entendre
que l’échec éternel est possible.
Mais cette possibilité se réalise-t-elle en fait et
dans quelles proportions ?
Impossible de le savoir.
C’est
pourquoi il est sage de ne pas traiter par le mépris l’invitation du Christ à
veiller, à tenir nos lampes allumées, à nous tenir prêts pour notre rencontre
avec lui au moment où nous franchiront le seuil de la mort et de l’éternité.