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Saints Pierre et Paul

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>suite de l'homélie de Charles Stierer sur Jean le Baptiste<


Je suis un homme de querelle et de discorde pour tout le pays, se plaignait par exemple le prophète Jérémie (15, 10).
Les autorités en place les voyaient souvent d’un mauvais oeil et cherchaient à se débarrasser d’eux.
C’est ce qui est arrivé à Jean Baptiste.
Jean suscita très vite la méfiance des autorités (que saint Jean appelle « les Juifs » dans son évangile).
Voilà quelqu’un qui se met à haranguer les foules, qui administre un baptême inconnu jusque là, qui rassemble autour de lui des disciples, et tout cela sans aucun mandat de leur part.
Et en plus il ose s’en prendre à ceux qui estimaient qu’ils avaient, eux seuls, autorité pour interpréter les Écritures et  parler au nom de Dieu.
Saint Matthieu raconte (3, 7-9) : Voyant des pharisiens et des sadducéens venir en grand nombre..., il leur dit: « Engeance de vipères !... Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion, et n’allez pas dire en vous-mêmes: ‘Nous avons Abraham pour père’; car, je vous le dis, avec les pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. »
C’en était trop. Il fallait mettre un terme aux agissements de ce cet homme!
Alors on va faire en sorte qu’il se discrédite lui-même aux yeux de tous.
Comment ?
On crée « un comité d’enquête ».
Grâce à des questions habilement posées, on le forcera à reconnaître qu’il n’avait aucun droit de faire ce qu’il faisait. 

Les enquêteurs lui demandent donc : « Qui es-tu?... Es-tu Élie?... Le prophète ? Le grand prophète ? Peut-être même le Messie? »
 Jean est bien obligé de reconnaître qu’il n’est ni l’un ni l’autre.
Alors vient la question décisive, qui doit le discréditer définitivement : Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le grand prophète, pourquoi baptises-tu ?
Autrement dit : Tu vois bien, non seulement tu n’as reçu aucun mandat de notre part, mais en plus tu ne peux prétendre à aucun des titres qui pourrait légitimer ton action.
Jésus s’est heurté à la même réaction. Un jour, raconte saint Luc, où Jésus, dans le Temple, instruisait le peuple et proclamait la Bonne Nouvelle, survinrent les chefs des prêtres et les scribes avec les anciens. Ils lui demandèrent : « Dis-nous par quelle autorité tu fais cela, ou bien qui est celui qui t’a donné cette autorité? » (Lc 20, 1-2).

Rien de nouveau sous le soleil. Aujourd’hui aussi, les prophètes dérangent.
Ils dérangent :
- Quand ils appellent au renouvellement de la façon de témoigner de la foi,
- Quand ils critiquent des habitudes solidement ancrées mais qui, manifestement,  ne répondent  plus à la mission  de l’Église en ce monde, et même, parfois, deviennent un obstacle.

Bien sûr, les autorités ont leur rôle à jouer. Elles n’ont pas le droit de laisser faire n’importe quoi.
Les responsables de l’Église ont pour devoir de veiller à ce que foi reçue des apôtres soit fidèlement transmise.
Toute nouveauté n’est pas nécessairement bonne.
Saint Paul recommandait à son disciple Timothée : Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps... Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide ; mais au gré de leurs caprices, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau (2 Tim 4,2s).
Mais d’une façon non moins évidente, Dieu se permet aussi de susciter des « prophètes » qui dérangent, qui prônent des réformes, qui ouvrent des chemins nouveaux…
Pour ne pas sombrer dans la routine, pour ne pas en rester à ronronner dans nos vieilles habitudes, nous devons nous prêter à la contestation prophétique, même si cela n’est pas toujours agréable.
« Garder la Tradition », c’est-à-dire la foi que nous ont transmise les apôtres  et  les générations qui nous ont précédés, cela ne veut pas forcément dire : « garder toutes les traditions ».
Pourquoi ?  Parce que certaines traditions, bonnes et vénérables à une époque donnée, peuvent se révéler contraires à la Tradition authentique quand les circonstances changent.  
C’est ce que scribes et pharisiens ne voulaient pas admettre et ils se sont attiré ce reproche  de la part du Christ : Vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre tradition  (Mt 15, 6).

Et ne perdons jamais de vue que Jésus fut mis à mort par les plus ardents défenseurs des traditions de son peuple, du système religieux en place.

Cela doit nous donner à réfléchir.
Ne nous enfermons pas dans la nostalgie du passé, d’une chrétienté, qui avait ses rites et ses coutumes, mais qui de toute évidence  n’est plus. 
A situation nouvelle doit correspondre une nouvelle manière de témoigner de la grande Tradition transmise par les évangiles et la mémoire vivante de l’Église.     
Car il y a des fidélités qui sont des trahisons et des innovations qui sont une fidélité plus profonde et plus authentique.                                                                           Charles Stierer