Les « chrétiens
platoniques » sont des chrétiens
qui disent croire en l’amour prévenant et fidèle de Dieu... Mais cela ne les
incite pas à faire de leur vie une réponse d’amour à l’amour de Dieu. Cette
conviction les amène plutôt à se dire : « Puisque Dieu est Amour, puisque
rien ne peut nous séparer de son amour, il n’y a pas à s’en faire. » Dieu
est peu à peu rejeté à la périphérie de leur vie, et même finit par en sortir
complètement. Dieu devient un étranger
pour eux, alors que le premier de tous
les commandements, a dit Jésus, consiste
à aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de tout son esprit et de
toutes ses forces. Cette
accumulation de répétition veut évidemment exprimer l’intensité et la totalité
de cet amour ; il doit mobiliser et investir toutes nos facultés et toutes
nos énergies vitales.
Mais qu’est-ce qui me permet de tester l’authenticité
de mon amour pour Dieu ? Saint Jean répond : Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il
ne voit pas (1 Jn 4, 20).
Il n’est donc pas étonnant que, dans sa réponse à la
question du scribe, Jésus ait lié indissolublement l’amour de Dieu et l’amour
du prochain en disant : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il
n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là.
Mais on peut tout de même se demander si l’amour
de soi peut vraiment servir de modèle de l’amour dont nous devons faire
preuve envers notre prochain ?
Il faut distinguer entre
amour de soi et « amour
propre ».
L’amour propre n’est rien d’autre que l’égoïsme,
c’est-à-dire un attachement excessif à soi-même et à ses intérêts personnels au
mépris des intérêts et des droits des autres. Il ne peut certainement pas
servir de modèle de l’amour du prochain.
Mais il y a un
amour de soi tout-à-fait légitime et même nécessaire. Il est en effet
tout-à-fait légitime de chercher son bonheur, de chercher à grandir
humainement, intellectuellement, moralement et spirituellement. Il est
tout-à-fait nécessaire de vouloir faire son salut. Il serait grave de s’en
désintéresser.
Quand quelqu’un ne s’aime plus soi-même et même en
vient à se mépriser, c’est le signe que quelque chose ne va pas, le signe qu’il
a sans doute subi, un jour ou l’autre, un traumatisme psychologique qui a
perturbé et même cassé sa personnalité.
Il y a donc un amour de soi légitime et même
nécessaire.
Et quand Jésus nous dit : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, il nous demande de vouloir
et de chercher à faire le bien et bonheur de notre prochain comme nous le
faisons spontanément pour nous-mêmes. Alors ma vie ne sera plus centrée
uniquement sur moi-même, mais j’aurai souci de l’autre, de son bien et de son
bonheur.
Les paroles du Christ nous
invitent à procéder à une véritable révolution, une révolution bien difficile, car notre moi exerce une telle force
d’attraction que nous sommes continuellement tentés de tout ramener,
égoïstement, à nous-mêmes. C’est sans doute à cause de cela que Jésus changera
ultérieurement le modèle de référence.
En effet, la veille de sa mort il dira aux apôtres : Aimez-vous les uns les autres comme moi, je vous ai aimés. Désormais
c’est l’amour du Christ pour nous qui devient notre référence, l’exemple et
règle de notre amour du prochain.
Et nous savons comment le Christ a aimé : Il a
accueilli, il s’est fait le serviteur de ses frères, il s’est donné,
« livré », il s’est offert, il s’est sacrifié... Il n’a été que don de lui-même.
Comme il l’est quand son corps eucharistique est
déposé dans nos mains. Voilà pourquoi, quand nous allons « communier », nous
devons sincèrement vouloir aimer notre prochain comme le Christ nous aime.
La participation à l’Eucharistie est
une exigence absolue d’amour de notre prochain.