Certes, à leurs yeux la mort n’était pas un
anéantissement total. Ils pensaient que, quand l’homme mourait, « quelque
chose » de lui subsistait, une sorte d’ombre de lui-même. Cette ombre rejoignait
le shéol (le séjour des morts ou les enfers). C’était un lieu de silence, de ténèbres et
d’oubli, où tous les morts, les bons comme les mauvais, connaissaient un même
sort misérable. C’était un lieu sans espérance, où ils étaient oubliés de Dieu
lui-même.
Cette sorte de désespérance est exprimée dans de
nombreux psaumes, par exemple dans Ps 6, 6 : « Dans la mort, nul souvenir de Toi! » Même le prophète
Isaïe (38, 18-19) partage ce pessimisme fondamental : Le séjour des morts ne peut te louer, ni la mort te célébrer. Ceux qui
descendent dans la tombe n’espèrent plus en ta fidélité. Le vivant, lui seul,
te loue, comme moi, aujourd’hui. Bref, la vie après la mort, telle
que se l’imaginaient les anciens, ne méritait pas même le nom de vie.
En fait, ils étaient convaincus que l’homme ne
pouvait se survivre qu’à travers ses descendants. C’est pourquoi la Loi mosaïque ordonnait au
frère d’un homme mort sans enfants d’épouser sa veuve pour assurer une
descendance légale au défunt, et lui permettre de survivre de cette façon. (On
appelait cette loi la loi du lévirat). C’est elle que les
sadducéens invoquent pour montrer que la foi en la résurrection est
parfaitement ridicule.
Ce n’est qu’aux environs du 2e siècle avant J. Chr.
que la Révélation
ouvre un autre horizon. C’est à partir de ce moment-là que la mort est
présentée comme un passage vers la vie en plénitude auprès de Dieu. Et cette
Révélation affirme que cette « vie après la vie » n’est pas celle
d’une « âme » désincarnée, mais qu’elle concerne toutes les
dimensions de l’être humain, et donc que le corps, lui aussi, y aura part.
Autrement dit : A la fin des temps les morts ressusciteront.
Du temps de Jésus, cette conviction était partagée
par presque tous les croyants. Seuls les « traditionalistes », les
sadducéens, faisaient exception. Jésus,
nous le savons, partageait la foi en la résurrection. Bien plus, il
affirmait : Tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtient la vie
éternelle, et moi, je le ressusciterait au dernier jour (Jn 6, 40).
Cependant -
des sondages le prouvent – beaucoup de chrétiens éprouvent de grandes
difficultés à adhérer vraiment à cet article de notre Credo. Pourquoi ?
Je pense que la foi en la résurrection nous fait difficulté, parce que nous
n’arrivons pas à nous imaginer comment cela est possible. Nous n’arrivons pas à
nous imaginer comment des squelettes peuvent revivre, comment quelqu’un peut
retrouver son corps incinéré ou dévoré par une bête, ou volatilisé dans une
explosion.
En fait nos difficultés proviennent surtout de ce que
nous nous faisons une idée trop terre-à-terre de la résurrection. Jésus lui-même met en garde contre une
conception trop matérialiste quand il dit : « Ceux
qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des
morts... seront semblables aux anges. »
«Semblables aux anges », voilà une image qui ne
nous dit pas grand-chose. Elle évoque pour nous tout juste de jolis éphèbes
avec des ailes dans le dos... Ce qui est évidemment parfaitement ridicule. En
fait, les « anges » sont des créatures spirituelles, dont l’existence
n’est pas soumise aux lois de la matière. Autrement dit, lors de la
résurrection nous ne seront plus soumis aux lois biologiques de la matière
vivante, telle que nous la connaissons... C’est d’ailleurs tout ce qu’il est
possible d’en dire.
Et même Jésus ne pouvait en dire plus, car rien ici-bas, aucune
expérience d’ici-bas de ne peut donner une idée des réalités de l’au-delà. Ces
réalités ne sont pas de notre monde, se situent hors du temps, hors de l’espace
et échappent donc à notre pouvoir de représentation.
Il en va comme pour un enfant encore à naître, encore
dans le sein de sa mère. Que pourrait-on lui dire pour lui faire connaître la
vie qui l’attend ? A supposer qu’il connaisse déjà notre langue, nos mots ne
lui diraient rien, parce qu’il n’a encore aucune expérience de notre monde. Il
ne pourra commencer à le découvrir que lorsqu’il sera « venu au
monde ». Il en est ainsi de la
résurrection. Nous ne commencerons à comprendre que le jour où nous naîtrons au monde à venir.
Au lieu de tergiverser, de ruminer nos doutes,
faisons confiance au Christ et disons avec saint Pierre : Béni soit
Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur qui, dans sa grande miséricorde,
nous a fait renaître grâce la résurrection de Jésus Christ pour une vivante
espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillures, ni
vieillissement. (1 P 1,3s) ◙
P.
Charles Stierer