Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

lexique> les morts ressusciteront

Certes, à leurs yeux la mort n’était pas un anéantissement total. Ils pensaient que, quand l’homme mourait, « quelque chose » de lui subsistait, une sorte d’ombre de lui-même. Cette ombre rejoignait le shéol (le séjour des morts ou les enfers).  C’était un lieu de silence, de ténèbres et d’oubli, où tous les morts, les bons comme les mauvais, connaissaient un même sort misérable. C’était un lieu sans espérance, où ils étaient oubliés de Dieu lui-même.

Cette sorte de désespérance est exprimée dans de nombreux psaumes, par exemple dans Ps 6, 6 : « Dans la mort, nul souvenir de Toi! » Même le prophète Isaïe (38, 18-19) partage ce pessimisme fondamental : Le séjour des morts ne peut te louer, ni la mort te célébrer. Ceux qui descendent dans la tombe n’espèrent plus en ta fidélité. Le vivant, lui seul, te loue, comme moi, aujourd’hui.  Bref, la vie après la mort, telle que se l’imaginaient les anciens, ne méritait pas même le nom de vie.

En fait, ils étaient convaincus que l’homme ne pouvait se survivre qu’à travers ses descendants. C’est pourquoi la Loi mosaïque ordonnait au frère d’un homme mort sans enfants d’épouser sa veuve pour assurer une descendance légale au défunt, et lui permettre de survivre de cette façon. (On appelait cette loi la loi du lévirat).  C’est elle que les sadducéens invoquent pour montrer que la foi en la résurrection est parfaitement ridicule.

 

Ce n’est qu’aux environs du 2e siècle avant J. Chr. que la Révélation ouvre un autre horizon. C’est à partir de ce moment-là que la mort est présentée comme un passage vers la vie en plénitude auprès de Dieu. Et cette Révélation affirme que cette « vie après la vie » n’est pas celle d’une « âme » désincarnée, mais qu’elle concerne toutes les dimensions de l’être humain, et donc que le corps, lui aussi, y aura part. Autrement dit : A la fin des temps les morts ressusciteront.

Du temps de Jésus, cette conviction était partagée par presque tous les croyants. Seuls les « traditionalistes », les sadducéens, faisaient exception.  Jésus, nous le savons, partageait la foi en la résurrection. Bien plus, il affirmait : Tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtient la vie éternelle, et moi, je le ressusciterait au dernier jour (Jn 6, 40).

Cependant -  des sondages le prouvent – beaucoup de chrétiens éprouvent de grandes difficultés à adhérer vraiment à cet article de notre Credo. Pourquoi ? Je pense que la foi en la résurrection nous fait difficulté, parce que nous n’arrivons pas à nous imaginer comment cela est possible. Nous n’arrivons pas à nous imaginer comment des squelettes peuvent revivre, comment quelqu’un peut retrouver son corps incinéré ou dévoré par une bête, ou volatilisé dans une explosion.

En fait nos difficultés proviennent surtout de ce que nous nous faisons une idée trop terre-à-terre de la résurrection.  Jésus lui-même met en garde contre une conception trop matérialiste quand il dit : « Ceux qui seront jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection des morts... seront semblables aux anges. »

«Semblables aux anges », voilà une image qui ne nous dit pas grand-chose. Elle évoque pour nous tout juste de jolis éphèbes avec des ailes dans le dos... Ce qui est évidemment parfaitement ridicule. En fait, les « anges » sont des créatures spirituelles, dont l’existence n’est pas soumise aux lois de la matière. Autrement dit, lors de la résurrection nous ne seront plus soumis aux lois biologiques de la matière vivante, telle que nous la connaissons... C’est d’ailleurs tout ce qu’il est possible d’en dire.                                                                                                                           

Et même Jésus ne pouvait  en dire plus, car rien ici-bas, aucune expérience d’ici-bas de ne peut donner une idée des réalités de l’au-delà. Ces réalités ne sont pas de notre monde, se situent hors du temps, hors de l’espace et échappent donc à notre pouvoir de représentation.

Il en va comme pour un enfant encore à naître, encore dans le sein de sa mère. Que pourrait-on lui dire pour lui faire connaître la vie qui l’attend ? A supposer qu’il connaisse déjà notre langue, nos mots ne lui diraient rien, parce qu’il n’a encore aucune expérience de notre monde. Il ne pourra commencer à le découvrir que lorsqu’il sera « venu au monde ».  Il en est ainsi de la résurrection. Nous ne commencerons à comprendre que le jour où nous naîtrons au monde à venir.

Au lieu de tergiverser, de ruminer nos doutes, faisons confiance au Christ et disons avec saint Pierre : Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur qui, dans sa grande miséricorde, nous a fait renaître grâce la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillures, ni vieillissement. (1 P 1,3s)  ◙

 

P. Charles Stierer