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Saints Pierre et Paul

Lexique >  bon chrétien ( suite de l'homélie de Charles Stierer )

Je suis le bon Berger, dit-il, le bon Pasteur, le vrai berger qui donne sa vie pour ses brebis. Normalement, c’est le contraire qui se passe. On élève des brebis en vue de la consommation humaine.  Ce sont les brebis qui « donnent leur vie » pour nous.  Aucun éleveur ne songerait à pratiquer l’élevage dans l’unique but de rendre les bêtes heureuses. Il pense rentabilité, et pour lui les brebis ne sont qu’un moyen pour vivre ou même faire du profit.

Jésus, en se comparant au bon berger renverse les rôles.  Ce berger-là n’a qu’un souci : le bien et le bonheur de ses brebis. Et, s’il le faut, il ira jusqu’à sacrifier sa propre vie pour elles. Et nous savons qu’il l’a fait.

C’est une révolution dans la conception de la religion. Les païens n’hésitaient pas à offrir à leurs dieux des sacrifices humains afin d’attirer leur bienveillance. Aujourd’hui encore certains fanatiques n’hésitent pas à sacrifier l’homme sur l’autel de Dieu, du dieu de leur conception. Emportés par leur fanatisme ils n’hésitent pas tuer au nom de Dieu et de la religion. C’est une perversion. En se comparant au Bon Berger qui donne sa vie pour ses brebis, Jésus nous fait comprendre que ce n’est pas l’homme qui  doit être sacrifié sur l’autel de Dieu, mais que c’est Dieu qui se sacrifie pour l’homme. Le chrétien, plein d’admiration et de reconnaissance, se redit sans cesse avec saint Paul: Le Seigneur m’a aimé et s’est livré pour moi (Ga 2, 20).

 

Et la parabole ne nous dit pas seulement que le Bon Pasteur aime ses brebis au point de donner sa vie pour elles. Elle décrit aussi la qualité, la nature de cet amour : Je connais mes brebis,  dit Jésus.

Qu’est-ce qu’il veut dire par là ? Quand nous disons que nous « connaissons » quelqu’un, nous voulons dire que nous savons qui il est, que nous connaissons son nom, son caractère, sa profession... Nous ne voulons pas forcément dire que nous l’aimons. Souvent même nous voulons dire le contraire. Quand nous disons de quelqu’un : « Celui-là, je le connais », nous  laissons entendre  que  nous  avons  repéré  ses défauts,  les failles de son caractère ou même ses intentions malveillantes...  Et que pour cette raison nous ne l’aimons pas.

Dans le langage de l’Évangile, comme dans toute la Bible, le sens est tout différent. Quand la Bible, et Jésus en particulier, parle de connaissance, il s’agit d’une connaissance qui naît d’une relation de vie et d’intimité avec quelqu’un, une connaissance qui naît de l’amour et de la tendresse. C’est une « connaissance » semblable à la connaissance qu’une maman et un papa aimants peuvent avoir de leur enfant. C’est une connaissance faite d’inclination, de bienveillance, C’est une connaissance qui naît de l’amour et qui rejaillit en amour. C’est « un cœur à cœur » entre deux êtres.

Voilà comment Jésus nous connaît ! Voilà comment Dieu nous connaît ! Voilà comment chacun de nous est connu !

 

Et les brebis, « connaissent » leur Berger d’une manière semblable, dit Jésus.  Mes brebis me connaissent, dit-il.

Chez elles, c’est également le cœur qui parle. C’est par le coeur qu’elles connaissent leur bon Berger. Et cette connaissance-là n’est pas le privilège des gens instruits, des gens qui ont fait de hautes études de théologie. Les « petits » y parviennent même mieux très souvent que ceux qui se prennent pour des sages et des savants. Saint Luc nous dit, qu’à la vue de la foi des « petites gens », Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et dit : « Père, ce que as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bonté. (Lc 10, 21s).

Nous le voyons, la foi en Jésus Christ, c’est bien autre chose qu’un ensemble de devoirs à accomplir. Elle est bien autre chose qu’un ensemble de hautes et belles idées, bien plus qu’un ensemble de concepts et de théories.               

Au fond, « un bon chrétien » est celui qui peut dire en toute sincérité avec saint Paul :Pour moi, vivre c’est le Christ (Phi 1, 21).                                                                                                     

P. Charles Stierer