Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

Lexique> Ascension (année c)

Les apôtres ont peut-être connu cette tentation, la tentation de rester entre eux, derrière les portes fermées, et de ressasser avec nostalgie le souvenir de tout ce qu’ils ont vécu en compagnie de Jésus. Mais l’ange les rappela à l’ordre : Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel?

  Non, il ne s’agit pas de rester là, à regarder avec nostalgie le ciel où le Seigneur s’en est allé. Il s’agit d’aller accomplir la mission confiée : Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre.

A relire « la prière sacerdotale » de Jésus, la veille de sa mort, on peut se rendre compte qu’il redoutait que ses disciples ne soient tentés de fuir le monde et de négliger la mission pour laquelle il les a choisis. Dans cette prière il dit à son Père : Père, de même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde ; je ne te demande pas de les retirer du monde mais que tu les gardes du Mauvais...  (Jn 17, 18.15).

Oui, sous prétexte de se « garder du Mauvais », le chrétien peut être tenté de se tenir à l’écart d’un monde qu’il juge pourri. Mais s’il veut être fidèle à Jésus Christ, il doit au contraire se dire qu’il n’a pas le droit de déserter le monde dans lequel il vit. Car le Seigneur lui a confié une mission : proclamer la Bonne Nouvelle et lui porter témoignage.

 

Le chrétien rend incontestablement témoignage à l’Évangile, quand il s’active au service des pauvres et des malheureux. Il ne peut pas oublier que Jésus a dit : Tout ce que vous avez fait pour eux, c’est à moi que vous l’avez fait, et tout ce que vous n’avez pas fait pour eux, à moi non plus vous ne l’avez pas fait.

Mais la mission du chrétien ne s’arrête pas là. Le christianisme n’est pas une simple organisation humanitaire parmi d’autres. Même s’il ne doit pas rester là à regarder vers le ciel, le chrétien doit tout de même avoir les yeux tournés vers le ciel, où le Christ s’en est allé. Le chrétien, en effet, sait que Dieu appelle tous ses enfants à partager la destinée du Christ glorifié auprès de son Père.

Et pas seulement le chrétien, mais la création toute entière.  La création tout entière, dit saint Paul, aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu ;.... elle garde l’espérance d’être, elle aussi, libérée de la dégradation inévitable, pour connaître la gloire des enfants de Dieu (Rom 8, 19-21).

 

 C’est nous, les croyants, qui sommes porteurs de cette formidable espérance. Et nous témoignons de cette espérance quand, laissant là nos occupations terrestres, nous nous rassemblons pour fêter « les réalités d’en-haut ».

C’est un témoignage essentiel. Car beaucoup de nos frères, prisonniers de notre société matérialiste, sont sans véritable espérance. En effet, quelle espérance le monde leur propose-t-il ?  Face à la mort surtout ?  Aucune.

Or sans l’espérance en une destinée au-delà de cette vie, notre existence n’a pas de sens, devient absurde.

Rejeter, nier cette espérance, revient à affirmer que le sort des héros (souvent méconnus) du devoir, du dévouement et celui des profiteurs, des voleurs, des violeurs, des brutes et des canailles, sera exactement le même.  Tous finiront dans la même fosse commune, à jamais mélangés, unis dans la même décomposition.

C’est pourquoi le Concile affirmait : Lorsque manque […] l’espérance de la vie éternelle, la dignité de l’homme subit une très grave blessure, comme on le voit souvent aujourd’hui, et l’énigme de la vie et de la mort, de la faute et de la souffrance reste sans solution : ainsi, trop souvent, les hommes s’abîment dans le désespoir. (Vatican II, Gaudium et Spes §  21)                                            

En célébrant l’Ascension du Christ, à la destinée duquel nous sommes associés, nous témoignons devant nos frères

- que notre existence  - et donc que leur existence  -  n’est pas prisonnière de ce monde caduque,

- que nous ne sommes nullement condamnés à disparaître à tout jamais dans le trou de nos tombes ou les flammes des fours crématoires.

- mais que notre existence a une dimension transcendante, une dimension d’éternité.

C’est un immense service que nous rendons à nos frères.

Le chrétien, quand il célèbre le Christ mort, ressuscité et monté au ciel, tient allumé la lampe qui éclaire le destin des hommes, surtout celui des plus éprouvés.

C’est un service aussi indispensable que la lutte contre les malheurs,  car le plus grand malheur des malheureux serait d’être privés de toute espérance.

P. Charles Stierer