lexique > âpreté au gain
Il y a des gens qui ruinent leur santé
en heures supplémentaires, d’autres se brouillent à jamais avec leur famille
pour des querelles d’héritage... Il y en a qui perdent l’appétit et le sommeil
en suivant les variations des valeurs boursières... Les uns et les autres
sacrifient tout : détente, équilibre personnel, vie de famille, vie
spirituelle... Et pourquoi ? Pour gagner plus, toujours plus.
Mais, tout cela peut-il vraiment
apporter le bonheur, le vrai, ce bonheur profond qui nous comble entièrement ?
Il y a bien longtemps déjà, Saint-Exupéry disait : On ne peut plus vivre de réfrigérateurs, de bilans et de mots croisés.
On ne peut plus !
Il y a bien longtemps aussi Jésus
disait : Gardez-vous de toute âpreté au gain; car la vie d’un homme, fût-il dans
l’abondance, ne dépend pas de ses richesses.
Et pour se faire mieux comprendre,
Jésus a raconté la parabole d’un riche
insensé.
Cet homme n’a qu’un souci : accumuler
des biens, tout faire pour se mettre à l’abri du besoin, et jouir de la vie...
égoïstement. Il pense que les greniers
débordants vont lui permettre de mener la « dolce vita ».
Manger, boire, dormir... voilà en quoi
consiste pour lui une vie heureuse. On pourrait allonger la liste, elle ne
dépasserait pas cet horizon borné.
Malheureusement, de larges couches de
notre société en sont là. Bien sûr,
personne ne voudrait l’avouer. Mais quand on regarde vivre nos contemporains,
on est bien obligé de constater que les seules choses qui semblent les
intéresser, c’est l’argent, le confort, et les formes multiples du plaisir et
de la sensualité.
Tout n’est pas à mépriser. Mais un être
humain digne de ce nom devrait avoir d’autres soucis, car il n’est pas
seulement une bête de jouissance. La satisfaction des exigences de son corps ne
lui apportera jamais le bonheur véritable, car l’homme n’est pas seulement un
corps. Il a aussi un coeur. Il est aussi esprit. Il a vocation d’éternité.
Et du point de vue de l’éternité, la
perspective change totalement. Ce qui paraît si important ici-bas devient alors
tout-à-fait secondaire et relatif... Ce que nous sommes tentés de négliger
devient alors primordial, essentiel.
Te voilà avec des richesses en abondance, se disait le riche insensé de la parabole. Mais Dieu lui dit: tu es fou ! Cette nuit
même, on te redemande ta vie ! Et
cette mort soudaine démontre la vanité et le vide de son existence.
Quand on est jeune, la vie semble être
un long fleuve sans fin. Il est vrai, l’espérance de vie est de plus en plus
grande. Mais, centenaire ou pas, un jour ou une
nuit on te redemandera ta vie. Même si cette perspective ne doit pas
devenir une obsession, il est tout de même raisonnable et sage d’en tenir
compte, car alors d’autres richesses
prendront de l’importance.
Il y a 1500
ans, saint Augustin écrivait : Tu as
acquis une fortune, ta vie remplie de soucis n’a pas été stérile, et cependant
elle n’a pas de sens. La vie, en
effet, n’a de sens que si elle est riche en vue de Dieu, comme dit
Jésus.
Méfions-nous donc de « toute
âpreté au gain », de la tentation de l’avoir. Car l’âpreté au gain peut se
révéler un piège dont on n’arrive plus à se défaire. Séduit par Mammon, l’homme
oublie que ce qui fait sa valeur, ce n’est pas ce qu’il possède mais ce qu’il
est.
Nous le savons, personne ne pourra rien emporter quand il
quittera ce monde. Mais chacun de
nous, tant qu’il est de ce monde, a la possibilité d’envoyer des
provisions en avant de lui, dans l’autre monde. Comment ? Jésus nous le dit
dans un autre passage de l’évangile : Faites-vous
des amis avec l’argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces
amis vous accueillent dans les demeures éternelles (Lc 16, 9).
(Les « amis » dont parle
Jésus, ce sont les pauvres et tous les laissés-pour-compte de notre société)
Voilà une conception vraiment
révolutionnaire sur l’argent: en faire un instrument, non pas de domination et
de jouissance égoïste, mais de partage et d’amitié.
P. Charles Stierer
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