Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

lexique > âpreté au gain

Il y a des gens qui ruinent leur santé en heures supplémentaires, d’autres se brouillent à jamais avec leur famille pour des querelles d’héritage... Il y en a qui perdent l’appétit et le sommeil en suivant les variations des valeurs boursières... Les uns et les autres sacrifient tout : détente, équilibre personnel, vie de famille, vie spirituelle... Et pourquoi ? Pour gagner plus, toujours plus.

Mais, tout cela peut-il vraiment apporter le bonheur, le vrai, ce bonheur profond qui nous comble entièrement ? Il y a bien longtemps déjà, Saint-Exupéry disait : On ne peut plus vivre de réfrigérateurs, de bilans et de mots croisés. On ne peut plus ! 

Il y a bien longtemps aussi Jésus disait : Gardez-vous de toute âpreté au gain; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. 

Et pour se faire mieux comprendre, Jésus a raconté la parabole d’un riche insensé.

Cet homme n’a qu’un souci : accumuler des biens, tout faire pour se mettre à l’abri du besoin, et jouir de la vie... égoïstement. Il pense que les greniers débordants vont lui permettre de mener la « dolce vita ».

Manger, boire, dormir... voilà en quoi consiste pour lui une vie heureuse. On pourrait allonger la liste, elle ne dépasserait pas cet horizon borné.

Malheureusement, de larges couches de notre société en sont là.  Bien sûr, personne ne voudrait l’avouer. Mais quand on regarde vivre nos contemporains, on est bien obligé de constater que les seules choses qui semblent les intéresser, c’est l’argent, le confort, et les formes multiples du plaisir et de la sensualité.

Tout n’est pas à mépriser. Mais un être humain digne de ce nom devrait avoir d’autres soucis, car il n’est pas seulement une bête de jouissance. La satisfaction des exigences de son corps ne lui apportera jamais le bonheur véritable, car l’homme n’est pas seulement un corps. Il a aussi un coeur. Il est aussi esprit. Il a vocation d’éternité.

Et du point de vue de l’éternité, la perspective change totalement. Ce qui paraît si important ici-bas devient alors tout-à-fait secondaire et relatif... Ce que nous sommes tentés de négliger devient alors primordial, essentiel.
 

Te voilà avec des richesses en abondance, se disait le riche insensé de la parabole. Mais Dieu lui dit: tu es fou ! Cette nuit même, on te redemande ta vie ! Et cette mort soudaine démontre la vanité et le vide de son existence.

Quand on est jeune, la vie semble être un long fleuve sans fin. Il est vrai, l’espérance de vie est de plus en plus grande. Mais, centenaire ou pas, un jour ou une nuit on te redemandera ta vie. Même si cette perspective ne doit pas devenir une obsession, il est tout de même raisonnable et sage d’en tenir compte, car alors d’autres richesses prendront de l’importance.

Il y a 1500 ans, saint Augustin écrivait : Tu as acquis une fortune, ta vie remplie de soucis n’a pas été stérile, et cependant elle n’a pas de sens.  La vie, en effet, n’a de sens que si elle est riche en vue de Dieu, comme dit Jésus.

Méfions-nous donc de « toute âpreté au gain », de la tentation de l’avoir. Car l’âpreté au gain peut se révéler un piège dont on n’arrive plus à se défaire.  Séduit par Mammon, l’homme oublie que ce qui fait sa valeur, ce n’est pas ce qu’il possède mais ce qu’il est.

Nous le savons,  personne ne pourra rien emporter quand il quittera ce monde.  Mais chacun de nous,   tant qu’il est  de ce monde, a la possibilité d’envoyer des provisions en avant de lui, dans l’autre monde. Comment ? Jésus nous le dit dans un autre passage de l’évangile : Faites-vous des amis avec l’argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles (Lc 16, 9).

(Les « amis » dont parle Jésus, ce sont les pauvres et tous les laissés-pour-compte de notre société)

Voilà une conception vraiment révolutionnaire sur l’argent: en faire un instrument, non pas de domination et de jouissance égoïste, mais de partage et d’amitié.                        

P. Charles Stierer