conférence donnée au casino par Laurent Grybowsky
sur le thème Violences et Media

voilà quelques
extraits des notes prises lors de la conférence , s’il y a
des oublis ou des contre sens cela n’est pas du fait du
conférencier mais bien plus liés à la distraction
du copiste.
Laurent Grybowsky
n’est pas un inconnu pour bon nombre de sarregueminois
puisqu’il avait réalisé l’an passé une
animation de messe au Sacré Cœur et puis il y a 5 ans il
avait participé à la messe TV retransmise du Sacré
Cœur. Aujourd’hui il collabore à la rubrique
Société de l’hebdomadaire « La Vie » ;
auparavant il était chargé de la rubrique Religions dans
le même hebdo.
Il s’est
exprimé ce soir –là devant une assistance
qu’il qualifiât de familiale, une grande famille alors ,
environ une centaine de personnes.
Animé par deux
passions , la chanson et le journalisme il se définit
lui-même comme un journaliste praticien , témoin et
découvreur.
En préambule parler
des médias c’est parler un peu de nous mêmes puisque
nous sommes tour à tour acheteur, lecteur, auditeur ou
spectateur. Si je désire comprendre les média , il
faut saisir les contraintes et les règles qui
régissent ce domaine.
Qu’est ce qu’un
journaliste ? Tout d’abord il faut dire que c’est
quelqu’un comme vous et moi, c’est un consommateur lui
aussi.
Il ne tire sa
légitimité que de celui qui le lit, il possède une
carte de presse valable un an et qui prouve qu’il est
employé dans une entreprise de presse. Cela est tellement vrai
qu’il n’existe aucun diplôme de journaliste, il
existe des écoles qui forment au métier mais il n’y
a pour le moment aucun diplôme officiel.
Le
journaliste peut avoir trois statuts différents : 1)
salarié ayant un employeur comme dans d’autres
métiers.
2)
pigiste cela signifie qu’il est rémunéré
à l’article ou au reportage.
3) indépendant, c’est un choix personnel, c’est le journaliste multicarte.
Lorsque nous parlons de
média il faut se dire que nous mettons sous un nom
générique une réalité à facettes
multiples .On dit habituellement que la radio annonce, c’est un
des média les plus réactifs et les plus souples ; la tv
montre par des images ;au journal télévisé
un sujet prend à peu près 1 mn 30 environ , avec 3
minutes vous avez un sujet long, vous comprendrez aisément que
si l’on veut expliquer ou comprendre ce n’est pas le bon
canal. En général la presse écrite est là
pour analyser et expliquer. Ces fonctions différentes ne
s’éliminent pas les unes les autres mais bien au contraire
se complètent.Cependant
les média sous quelques formes que ce soient ont trois
caractéristiques communes : la résonance, la
redondance et la dépendance.
Le média agit comme
une caisse de résonance, cela signifie qu’il y a toujours
plusieurs paramètres à observer : la force de
l’info,la taille de la caisse donc du média, et son
orientation. L’information comme le son vient aussi de quelque
part donc il est bon de s’intéresser aussi à ce que
je dénommerai l’élément déclencheur
La redondance ou la copie
de l’information montre que c’est un produit
commercial qui obéit aux règles économiques du
marché.
La toile de fond du travail
du journaliste est aussi d’être rentable,
d’où la recherche d’être le premier,
d’avoir des infos de première main. Cette course au scoop
possède son revers qui est que la vérification manque
parfois de rigueur mais le gage d’une société
démocratique est l’immédiateté de son
information. Il n’existe pas de direct dans les dictatures.
La troisième caractéristique du média se révèle dans sa dépendance.
dépendance
vis-à-vis des sources bien sûr- afp, associated press,
agence Reuter- et cela explique aussi en partie la redondance.
dépendance vis-à-vis des capitaux et des patrons financiers qui investissent dans ce domaine
vis-à-vis des contraintes économiques directes :place de la pub etc..
et enfin
dépendance par rapport à ses lecteurs ce qui demande
que la presse connaisse bien son public et fasse ses choix et ses
non choix d’articles ou de sujets en fonction du public.Et nous pouvons nous rendre
compte que le travail de journaliste devient aussi une façon de
mettre en forme le monde, d’offrir une lecture du monde qui
n’existe que par le regard que nous portons sur lui. Tout regard
est un regard engagé même celui du journaliste. Les
regards se croisent, s’échangent, s’opposent, nous
sommes de parti pris par rapport à nos engagements.
Le paradoxe de ce
métier réside dans l’ambivalence qu’il
déclenche. Nous naviguons entre méfiance, haine pour
certains et fascination. Cela se révèle le mieux dans la
filière journalistique , les débouchés sont
très limités et pourtant on assiste à un rush sur
les écoles préparatoires au métier.
Toute information entraîne de faire un choix et nous conduit donc à une citoyenneté responsable.
C’est un outil de
formation , un des piliers de la démocratie mais a sans cesse
besoin d’être revivifier par notre engagement.Evoquons maintenant les dérives.
Liberté devrait rimer avec responsabilité dans ce domaine encore plus qu’en aucun autre.
La puissance de la loi de
l’offre et de la demande : peut-on tout montrer ? Comment le
montrer ? L’exemple comptable du nombre de voitures
incendiées et l’attitude de Fr3 est parlant à cet
égard
Le respect du droit à la vie privée,
le respect du présumé innocent,
La non diffamation sont
autant d’occasion que certains média
n’hésitent pas à comptabiliser dans leur budget
annuel.
A propos des violences il
est important d’en saisir le pourquoi mais aussi de voir quel en
est l’élément déclencheur. Est-il totalement
fortuit et imprévisible ou répond- il à des
motivations profondes et cachées ?
Les médias
reflètent le monde dans lequel nous vivons , ils nous tendent le
miroir et parfois révèlent des violences plus
cachées comme celle exercées vis-à-vis des
conjoints,conjointes, enfants ,personnes âgées. Si
l’ attitude de la société a changé par
rapport à la pédophilie ou par rapport aux viols
c’est certainement parce que les média s’en sont
faits l’écho et ont rapporté l’horreur de ces
situations. Ils ont joué dans ces cas un rôle de
réveil et ont créé du lien social
.
Dans le
phénomène de la délinquance, des vols,
meurtres et attentats divers, la presse risque rapidement
d’enclencher un sentiment de peur, d’engendrer la
méfiance, de favoriser le repli sur soi ou sur sa
communauté de vie c’est ce qui pudiquement s’appelle
le réflexe identitaire ou sécuritaire.
Il y a enfin le
génocide, violence en dehors de l’entendement. Face
à une telle violence il ne suffit pas de décrire,
d’essayer de comprendre mais il faut chercher la vie au
milieu de l’enfer, rechercher ceux qui s’engagent pour la
paix alors qu’on se trouve dans une logique de massacre.En conclusion on peut dire
qu’il n’y a pas d’information objective,
honnête oui, c’est un regard, une sélection dans la
lecture du monde.
en ce qui concerne la violence il faut en parler oui, mais surtout la dépasser pour expliquer.
Les images muettes et
brutes voilà le problème, seul l’échange
peut rendre la violence supportable. La violence peut devenir
supportable s’il y a une parole et donc du recul.
Questions :
N’y –a t il pas un risque de banalisation de la
violence , et un risque lorsque les parents font défaut dans
leur rôle d’expliquants ?
- Ce qui est
désolant ce sont les plus faibles qui trinquent. Nous ne sommes
pas à égalité devant les images. Ce n’est
pas le film qui déglingue mais il révèle la
déficience.
ensuite il nous reste la
liberté de regarder ou de ne pas regarder, le média a un
pouvoir sur la société mais la société a
aussi un pouvoir sur les média.
N’y a-t-il pas une asymétrie entre celui qui lit et celui qui écrit ?
l’un n' a-t-il pas plus de pouvoir que l’autre ?
Plutôt que
d’envisager la situation comme deux blocs l’un face
à l’autre je préfère utiliser l’image
d’une chaîne où chaque maillon est important : il y
a aussi le pouvoir politique, le pouvoir judiciaire, les lobby…
Un journaliste
n’écrit pas toujours ce qui lui convient à lui
personnellement mais il accompagne ses lecteurs.
Devant
les médias nous sommes le plus souvent de simples consommateurs
et parfois frustrés de ne pas pouvoir faire acte de
création
Il existe toujours la
possibilité du courrier des lecteurs , c’est vrai
qu’une seule remarque n’a guère de poids mais si les
remarques sont nombreuses le débat dans les comités de
rédaction prennent rapidement de l’ampleur.
Et puis il ne faut pas
rester monolecteur ou monospectateur, nous devons porter un regard
critique et toujours nous demander ce que cette information
change dans ma vie. La passivité nous rend complices. Pourquoi
ne pas changer de temps en temps de journal, d’émission ?
Qu’est ce qui justifie le choix d’informations négatives dans un journal, toujours des mauvaises nouvelles ?
- Je ne sais pas s’il
s’agit d’un choix bien délibéré, je
crois qu’il s’agit bien plus d’un choix par omission
, cela nous renvoie aussi à nous- mêmes plus rapides
à voir ce qui ne va pas plutôt que ce qui est bien .
je terminerai par ces mots
de Gandhi « Un arbre qui s’abat fait beaucoup
de bruit , une forêt qui germe ne s’entend pas »