Conférences / Le Da Vinci Code a-t-il raison ?

Animée par Jean François Collange, président du Directoire et professeur d'éthique


collange
Il s'agit de souligner tout d'abord qu'il s'agit d'un roman qui a comme but de divertir mais il ouvre aussi une porte sur l'intérêt du fait religieux chez nos contemporains et pose de nombreuses  questions.

 Ce roman est extraordinaire du fait de sa populrité elle même vu qu'il est traduit dans 40 langues et tire à quelques 40 millions d'exemplaires.

Quellles sont les raisons de ce succès ? Tout simplement il nous conduit de rebondissement en rebondissement avec c'est vrai une fin un peu longuette et décevante qui se perd dans les brumes anglaises.

En dehors de la qualité littéraire du sujet, il s'agit d'un roman crypté, on va de mystère en mystère, de secret en secret et cela bien sûr excite notre intérêt de la même façon que les énigmes historiques comme par exemple le masque de fer. L'auteur les accumule : les templiers, Rennes le chateau,la lignée du Christ, le graal, la méridienne de saint Sulpice, le prieuré de Sion avec comme le grand secret , le secret des secrets  " Jésus et Marie Madeleine ", cela me fait penser un peu à cette série télévisée d' il y a quelques années " les cinq dernières minutes " où le commissaire Bourrel trouvait la solution juste avant le générique de fin;
et bien évidemment comme dans tout bon roman les méchants sont là bien identifiés et identifiables en l'occurence l'Eglise et son bras "armé" l'opus Dei avec comme unique obsession la garde du secret et donc du pouvoir.

Ensuite  l'auteur procède à une série d'amalgames difficile à démonter j'en prendrai comme exemple le graal, le saint graal comme il est dit dans le roman; la quête du graal n'apparait dans la littérature que 1000 ans après JC avec Chrétien de Troyes, avant  il n'y aucune trace. Dan Brown pose la question  "que signifie le graal ? " Il ne va pas rechercher la racine celtique du mot qui conduirait au mot coupe, mais il va jouer sur le glissement des mots "saint graal " jusqu'à " sang réal " et donc " sang royal "

Arrivé à ce stade quelle est la lignée du roi ? les rois mérovingiens.
Pourquoi les mérovingiens ?  A cause du pieuré de Sion  né dans l'esprit de Pierre Planchard vers 1956. Nous sommes là dans une vérité historique peu vraisemblable et peu probable.
Mais revenons au secret du mariage entre Jésus et Marie Madeleine.

Il faut d'abord dire un mot à propos des sources évangéliques qui sont de deux sortes : les évangiles canoniques càd reconnus par l'Eglise et étant la base de son enseignement et les évangiles apocryphes qui ne sont pas reconnus mais qui ont un intérêt historique quant à l'histoire des religions. Au point de vue des dates on situe la rédaction de l'évangile de Marc vers 70 après JC, ceux de Matthieu et Luc vers 80 après JC et celui de Jean 95 ap JC, les évangiles apocryphes sont datés eux plus tardivement à partir de 150 ap JC.

Parlons d'abord des évangiles canoniques et que nous disent-ils de Marie Madeleine ?
Nous nous heurtons tout de suite à une difficulté , c'est que des" Marie" on en rencontre plusieurs alors laquelle est la bonne, exclusion faite de Marie la mère de Jésus ? et second écueil  les personnages féminins ne sont pas très individualisés.

On découvre Marie la mère de Jacques , Marie la soeur de Marthe et de Lazare et  Marie de Magdala.
 Luc 8.2
Les douze étaient avec de lui et quelques femmes qui avaient été guéries d'esprits malins et de maladies: Marie, dite de Magdala, de laquelle étaient sortis sept démons. 
On retrouve cette personne au pied de la croix au moment de la passion et de nouveau devant le tombeau vide
Jean 19.25
Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.
 Jean 20.16
Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître!
20.17
Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
20.18
Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses

Il faut ajouter qu'il ne peut pas y avoir de confusion entre Marie de Béthanie (soeur de Lazare) et Marie de Magdala car les deux localités sont situées géographiquement : la première au sud et la seconde au nord.
Chez Luc on rencontre une autre femme :
Et voici, une femme pécheresse qui se trouvait dans la ville, ayant su qu'il était à table dans la maison du pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum,
7.38
et se tint derrière, aux pieds de Jésus. Elle pleurait; et bientôt elle lui mouilla les pieds de ses larmes, puis les essuya avec ses cheveux, les baisa, et les oignit de parfum.
 Cette femme n'est pas nommée mais un lecteur rapide et non averti peut faire l'amalgame entre Marie Madeleine et celle ci.
Alors que pouvons nous dire de Marie Madeleine : qu'elle devait être d'un certain milieu social, qu'elle suivait Jésus et fournissait la logistique, qu'à la fin elle est chargée d'une mission évangilatrice.

Maintenant qu'apprenons nous dans les évangiles apocryphes, il faut dire que jusqu'en 1945 on ne les connaissait que de seconde main. En 1945 en haute Egypte on découvre des manuscrits coptes, le copte étant apparenté à l'araméen, langue parlée par Jésus.
La figure de Jésus y est compris de façon très particulière. D'après ces écrits appelés gnostiques nous ne sommes sauvés que par la connaissance du chemin du salut; le monde matériel est un monde perdu. Notre âme est un morceau d'étincelle du Père empêtré dans les limites du corps matériel. Il n'y a que la connaissance qui nous permette de nous élever, et jésus est devenu le sauveur par excellence car il enseigne le chemin, il est appelé l'enseigneur, le guide.

La seconde caractéristique de ces évangiles réside dans le language mystérieux et codé qui est utilisé par exemple " Dieu est un teinturier, dieu tisse le tissu de l'humanité".
Dans l'évangile de Marie Madeleine "nous savons que l'enseigneur t'aime différemment des autres femmes",
mais le problème est  que dans un évangile on ne peut pas choisir qu'un seul verset, c'est un tout  où bien parole d'évangile ou ésotérisme mais on ne peut pas naviguer de l'un à l'autre.

Dans l'évangile de Philippe § 26 et § 44,45, il est dit que Jésus embrassait Marie Madeleine sur la bouche, c'est tout. Le raisonnement et le développement de cet évangile est assez fumeux et même obsessionnel quand au rapport des corps.
Pour ceux que cela interessent on peut trouver ce dernier évangile sur le net.

En conclusion je dirai qu'entre canoniques et apocryphes il n'y a pas photo; des textes clairs limpides exigeants d'un coté et de l'autre des textes codés, cryptés parfois imcompréhensibles.
Et pour finir : si c'était vrai malgré tout quels avantages y aurait-il eu, on parle de lutte pour le pouvoir mais il n'y avait pas de pouvoir, comme il n'y avait pas de Vatican, les chrétiens n'étaient qu'une toute petite secte. Laissons le roman être romanesque et la réalité historique vérité  et l'évangile Parole de Vie.
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