Communauté de paroisses

Saints Pierre et Paul

Coup de Coeur d'ailleurs   > parole offerte > témoignage et expériences vécues

2006 -- 2007 -- 2008

Missionnaire en Mauritanie : parcours

 

Marc, nous profitons de ton passage à Sarreguemines pour en savoir un peu plus sur ce qu’est ta mission en Mauritanie. Qu’y fais-tu ?

 

- Voilà maintenant neuf ans que je vis en République Islamique de Mauritanie, un pays saharien de l’Afrique de l’Ouest, grand comme deux fois la France pour deux millions et demi d’habitants, tous musulmans. Les chrétiens sont peut-être trois ou quatre mille, dont deux tiers de catholiques. Durant six ans j’ai vécu à Nouakchott, la capitale, dans le cadre de la paroisse cathédrale, seul lieu de culte non-musulman de la ville. C’est là que j’ai « appris le métier », deux ans comme vicaire, puis quatre comme curé.

 

Qu’en retiens-tu ?

 

- L’essentiel ce sont évidemment les rencontres, les faits de vie et les personnes, mais cela comment le raconter ? Par ailleurs, il y a aussi des axes majeurs que je peux retenir quant au travail missionnaire lui-même. Parlons de trois d’entre eux : faire l’unité, annoncer la Parole de Dieu et promouvoir l’entraide. J’ai pu découvrir le rôle du prêtre comme celui qui cherche à travailler à l’unité de la communauté chrétienne alors que la diversité était un véritable challenge : diversité d’origines, d’âge, de couleurs, de cultures, de langues, de pays. Or l’unité vient principalement de l’écoute personnelle et communautaire de la Parole de Dieu. Cela se fait en fait de plusieurs manières : dans l’homélie, par le caté des enfants mais aussi des catéchumènes adultes (on en avait environ 35), par des cours bibliques. Le ministère du prêtre est d’être au service de l’Evangile ! Enfin j’ai pu découvrir le lien intime entre la vie de l’Evangile et la nécessaire attention aux pauvres. Au-delà de l’idée, cela engage tout de suite dans une disponibilité, des heures d’écoute et de rencontres, et parfois des gestes concrets d’entraide. L’aide que j’ai pu recevoir en Lorraine a parfois servi à cela. Mais pour que cette dynamique dure il fallait aussi trouver une source de financement local, sur ce point le plus réussi fut la remise en route d’une kermesse ce qui permit à la fois de s’amuser et d’aider. Mais que de travail !

 

Et ensuite ? Quel fut ton travail depuis trois ans ?

 

Au bout de six ans, j’ai été remplacé par deux prêtres sénégalais prêtés par leurs diocèses. Pour moi l’année fut consacrée à des remplacements : six mois à Nouadhibou, port du nord du pays qui a fait parler de lui cet hiver car ce fut le point de départ de nombreux migrants vers les îles Canaries. Jusque là ils espéraient amasser assez d’argent pour tenter leur chance sur un vrai bateau, mais les prix prohibitifs (2000 à 2500 dollars US) auxquels on est arrivé dans les dernières années a poussé les candidats à trouver d’autres solutions. Depuis l’été dernier certains se cotisent pour acheter des pirogues, moteurs, gasoil, GPS et tenter le coup à leurs risques et périls. L’aventure (c’est comme cela que l’on nomme là-bas le fait de se lancer sur la route de l’exil) s’est démocratisée en ce sens qu’elle est devenue moins chère, avec entre 100 et 200 dollars on peut maintenant essayer… La suite on la connaît, puisque la presse en parle régulièrement. Mais les décès en mer cet hiver furent nombreux… et ce n’est pas fini. Après Nouadhibou ce furent encore quelques mois à Dakar, dans le Sénégal voisin pour un remplacement dans un poste financier.

 

Et maintenant où es-tu ?

 

Depuis deux ans je suis à Atar, une petite ville du centre-nord de la Mauritanie. Nous y sommes 7 à la messe le dimanche pour 25000 habitants. Certaines personnes de passage nous y comparent parfois à ce que Charles de Foucault avait voulu vivre au Sahara il y a cent ans. Evidemment les contextes sont différents, mais l’image dit quelque chose de vrai. Actuellement, je définis le sens de notre présence selon quatre orientations principales. La première est celle d’être des priants au milieu d’un peuple de priants. Le contexte du désert et de personnes, musulmanes, profondément attachées à leur foi, nous renvoie à notre propre vie de croyants et au cœur de notre foi, c’est à dire, avant tout, à notre relation à Dieu. Le missionnaire est avant toute autre chose un amoureux de Dieu ! En deuxième lieu j’insiste sur la nécessité d’accorder notre vie à l’Evangile. Ce n’est pas tant un programme de travail qu’une ouverture permanente à la nouveauté et aux défis qui surgissent jour après jour : une rencontre, des visages, une initiative à prendre, un temps d’écoute, l’expérience du pardon, d’un conseil. Plus que l’expérience pastorale de prêtre il y a là peut-être tout simplement le défi d’être frère de ceux que l’on rencontre, si différents et souvent si proches. Je rejoins ici le troisième aspect, nous cherchons simplement à être des signes de l’amour de Dieu là où nous sommes. Parfois cela se fait par des gestes précis, ou par un métier (là où je vis deux religieuses travaillent auprès des enfants malnutris, moi-même j’anime une bibliothèque), mais plus largement cela se manifeste dans la totalité de la vie par une manière d’être. Enfin, quatrièmement, - et c’est la raison qui a poussé mes supérieurs à m’envoyer en ce lieu précis, en accord avec l’évêque – il y a l’étude et l’enseignement. Ce que je voudrais appeler le service de l’intelligence. Je crois que c’est l’évêque de Strasbourg qui dit qu’on ne peut pas aimer vraiment ce que l’on ne comprend pas. J’ai donc été chargé de mettre en place une petite structure de formation pour le diocèse afin d’y former les nouveaux arrivants (prêtres, religieuses, volontaires laïcs) aux réalités originales du pays. J’ai donc pour tâche de faire de la recherche, de synthétiser et d’initier les nouveaux à la langue la plus parlée là-bas (hassaniya), aux coutumes, à l’histoire, à l’islam, etc… J’apprécie ce travail car il me replonge dans une recherche intellectuelle mais surtout parce qu’il cherche à faire aimer davantage les habitants du pays où je vis. N’est-ce pas le minimum que l’on puisse demander d’un missionnaire ?

 

 (Interview réalisée le 26 août 2006 avec Marc BOTZUNG, spiritain, originaire de Neunkirch)


2007

articles parus en juin dans les " nouvelles diocèsaines "

   







2008

Un' was neïes ?

(= quoi de neuf, en dialecte francique de Sarreguemines)


Extrait de la lettre du 22 février 2008 de Marc Botzung

 

 

            Je viens de finir une série d'enseignements divers qui ont occupé mes six derniers mois. [...]

En fait à travers la variété de ces occupations il y a me semble-t-il un même désir de connaître, de dialoguer et de faire comprendre l'autre dans tout ce qui fait sa personnalité et son identité (langue, culture, religion). Parce qu'il est difficile d'aimer ce que l'on ne comprend pas du tout. Au fil des ans j'ai découvert que j'avais du goût pour transmettre ces réalités qui me tiennent à coeur. Plus que de transmettre un savoir il me semble qu'il s'agit d'initier avec tout ce que cela signifie en terme de transformation de soi, de découvertes et de relations avec les personnes. [...]

            Pour les mois à venir, c'est-à-dire jusqu'à l'été, je vais essayer de terminer quelques recherches entamées et me préparer à mon retour en France. [...]

            Plusieurs personnes m'ont dit ne pas comprendre pourquoi je rentrai et ce que j'en pensais. Cela me permet de m'expliquer un peu. Mon retour m'est demandé par mes supérieurs religieux, lesquels ont déjà retardé – intelligemment ! - mon retour prévu plus tôt. Par rapport au travail de longue haleine fourni au sujet des réalités originales de la Mauritanie, ce n'est pas raisonnable d'aller planter sa tente ailleurs. Mais d'un autre côté, après 13 ans d'absence de France (2 années à Rome et 11 en Mauritanie), il y a du sens à relever un nouveau défi. Défi du déracinement d'abord, d'une réadaptation aux cadres de pensée européens ou hexagonaux d'autre part, d'un travail probablement très différent enfin. Dans les avions on annonce dans de telles situations : « Veuillez attachez vos ceintures car nous entrons dans des zones de turbulences ! » Mieux vaut aborder un tel passage à 41 ans qu'à 50 ou plus. En fait, ce qui m'attend c'est d'abord de savoir remettre mon sort « dans les mains de Dieu » (selon l'expression wolof : ci loxo Yalla), ce qui vaut le coup d'être (re)fait de temps en temps. Ceci dit, il reste clair que je ne renonce pas à l'Afrique ! Et que j'envisage mon service en Europe comme temporaire. La difficulté à trouver des volontaires pour vivre le genre de mission qui me plaît suffit à affirmer cela avec force et conviction. [...]

            La situation du pays. 2007 fut l'année des permières véritables élections démocratiques du pays (indépendant depuis 1960) au niveau du chef de l'Etat. [...]

            En novembre 2007 des émeutes liées aux augmentations des prix (blé et dérivés, pétrole et dont tout ce qui est transporté, électricité) agitèrent de nombreuses villes du pays. Il y a là le signe que les plus pauvres effectivement n'arrivent plus à subvenir au minimum (d'abord manger, ensuite se loger, s'habiller, se soigner) et sont donc étranglés, mais le fait que ces mouvements soient partis de zones rurales pour s'étendre ensuite au pays en entier laisse penser également qu'il y eut là une bonne part de manipulation de la part des tenants de l'ancien régime. Nest-ce pas une manière de montrer que l'arrière-pays leur appartient toujours et que le gouvernement doit composer avec eux s'il ne veut pas être menacé ? La période de grâce des lendemains d'élections est aujourd'hui passée et les réflexes anciens ont tendance à reprendre leurs droits. Les espérances liées à la démocratie étaient  d'abord des espérances d'une amélioration (rapide) des conditions de vie, or l'impression actuelle est plutôt inverse. Une certaine impuissance à changer la donne est par ailleurs perceptible. Les ressources du pétrole sont très largement en dessous de celles espérées et annoncées. Au niveau d'Atar le maire élu en automne 2006 a démissionné il y a trois mois arguant qu'il n'avait pas les moyens (dont finances) de faire quelque chose. Au niveau national, c'est plutôt la mise sur le devant de la scène de prises importantes de drogue (plus de 600 kg de cocaïne à Nouadhibou et plus de 800 kg à Nouakchott) qui font difficultés car elles n'ont pour le moment abouti à rien, comme si les ténors étaient intouchables. [...]

            Depuis deux mois, c'est toutefois l'insécurité de type terroriste qui a fait l'actualité et vous en avez sûrement ententdu parler. [...]

            Cependant le phénomène terroriste aujourd'hui reste tout à fait marginal en Mauritanie, mais la capacité de nuisance pour la vie du pays est énorme. Sur le fond, la force de l'extrémisme (celui là ou un autre) est d'abord de proposer une vision (erronée) du monde, et une vision qui débouche sur des actions qui sont vues comme des remèdes aux maux. A une telle alternative, il faut évidemment envisager des solutions sécuritaires, mais il faut tout autant travailler à la racine du mal. Lutter contre les injustices, oeuvrer pour le respect et la dignité de chacun quel qu'il soit, croire au dialogue. Le rayonnement actuel de notre bibliothèque et les contacts qu'elle permet auprès des lycéens de la ville comme auprès des enseignants me semble un petit exemple positif en ce sens. Il ne s'agit pas simplement de chercher à promouvoir du savoir et des connaissances, mais d'abord de rencontrer des personnes, de créer du lien et de poser des ponts entre les mondes qui nous séparent. Ce n'est pas forcément différent des engagements de tant d'entre vous à qui j'envoie ce mot et qui oeuvrez dans le même sens.

            Je vous redis mon amitié et mon union de prière.

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